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Un atelier d’engraissement pour relancer la filière bovine guadeloupéenne

À Port-Louis, la Chambre d’agriculture, l’IGUAVI et plusieurs partenaires ont inauguré le premier atelier d’engraissement bovin du territoire. Derrière ce box capable d’accueillir cinq animaux, c’est une stratégie plus large qui se met en place pour structurer la filière, valoriser la race créole et, à terme, remettre de la viande bovine locale dans les rayons.

Par  Alexandre Houda Clément Pravaz

Des bovins de race créole à Petit-Canal  · ©Ronhy Malety
Des bovins de race créole à Petit-Canal · ©Ronhy Malety

Ce premier box d’engraissement n’a pas vocation à résoudre, à lui seul, les difficultés de la filière bovine. Mais il marque une étape importante.

“Ce n’est pas avec cinq bovins qu’on va relancer la filière”, reconnaît Joey Courtin, chargé de mission encadrement technique et insertion à la Chambre d’agriculture. “Le but, c’est vraiment de réunir tous les acteurs pour redynamiser cette filière.”

Le projet, piloté par la Chambre d’agriculture et copilote par l’IGUAVI, se déroule en deux phases. Cette première installation expérimentale sera suivie, en 2027, par la construction d’un bâtiment pouvant accueillir 35 bovins.

L’objectif est de créer un modèle reproductible sur l’ensemble du territoire, notamment à Marie-Galante et à Petit-Canal où d’autres ateliers sont déjà envisagés.

Inauguration du premier atelier d'engraissement de Guadeloupe à Port-Louis · ©Ronhy Malety
Inauguration du premier atelier d'engraissement de Guadeloupe à Port-Louis · ©Ronhy Malety

Valoriser la race créole et le savoir-faire local

L’atelier a été installé sur l’exploitation d’Auguste Gourdine, éleveur engagé depuis plusieurs années dans la sélection créole. “C’est l’aboutissement d’un projet qui me tient à cœur depuis 2018”, explique-t-il en donnant quelques détails sur le processus.

« On prend des animaux qui ont grandi avec leur mère, puis on les place en box individuels, dans des conditions d’hygiène et de bien-être optimales. Ils sont nourris à 99 % avec du fourrage vert coupé tous les jours, avec un complément spécifique élaboré avec l’INRAE. Ce n’est pas un aliment du commerce, il est conçu spécialement pour ces animaux. »

Auguste Gourdine - éleveur · ©Clément Pravaz et Ronhy Malety

Au-delà de la technique, c’est toute une logique locale qui est recherchée : “L’objectif, c’est de nourrir les Guadeloupéens avec des animaux de la Guadeloupe, un fourrage de Guadeloupe et un savoir-faire de Guadeloupe.” Pour l’éleveur, le projet représente aussi une opportunité économique : “Il y aura la location du hangar, le fourrage, l’alimentation, les prestations et 300 heures de travail avec des apprentis. C’est une vraie retombée pour mon exploitation.”

Remettre le bœuf local dans les rayons

Aujourd’hui, la viande bovine locale est presque absente des grandes surfaces. Carrefour Guadeloupe, partenaire du projet, s’est engagé à acheter au moins un animal à l’issue de l’engraissement.

“Nous garantissons qu’il y aura au moins un animal réservé à Carrefour, peut-être plusieurs”, indique Fabrice de Reynal, directeur régional. Un engagement important quand on sait que, contrairement à la volaille ou aux œufs, la production bovine locale est devenue insuffisante pour alimenter le marché. “Aujourd’hui, nous n’avons pas de viande bovine locale”, reconnaît-il.

Cette situation s’explique par plusieurs facteurs, selon la Chambre d’agriculture : des croisements passés qui ont fragilisé les troupeaux, des normes sanitaires contraignantes, des éleveurs qui ont cessé leur activité, mais aussi des animaux non identifiés qui ne peuvent pas être abattus.

“Avec la race créole, nous voulons retrouver des animaux plus résistants, mieux calibrés pour l’abattoir”, souligne Patrick Sellin, président de la Chambre d’agriculture. “Notre seule réponse, c’est la qualité et le travail collectif.”

Avec près de 6 000 producteurs en Guadeloupe, l’enjeu est désormais de fédérer largement autour de ce modèle pour que, progressivement, la filière bovine retrouve sa place dans l’alimentation des Guadeloupéens.

Par  Alexandre Houda Clément Pravaz

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Émission du mercredi 24 juin 2026
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