C’est "un problème de parentalité et d'éducation des enfants". C’est ce que le préfet a déploré après le meurtre d’un adolescent de 13 ans, tué par balle mercredi dernier (4 juin) à proximité de la salle des fêtes à Lamentin.
Un drame révélateur d’un mal plus profond
La jeune victime était déscolarisée (en décrochage scolaire). L'adolescent était aussi connu des autorités judiciaires et des autorités locales. Selon les témoignages du voisinage, la famille était suivie par les services sociaux. Certains enfants de la fratrie auraient déjà été placés par le passé avant de réintégrer leur famille.
Toujours est-il que cela soulève des questions : pourquoi certains enfants font-ils des allers-retours entre leur foyer et l’ASE (l’Aide Sociale à l’Enfance) ? Pour quel type de négligence ou de carence de leurs parents, les enfants sont-ils placés ?
Il y a la négligence physique : ne pas nourrir, habiller ou soigner son enfant. Puis, la négligence affective : ne pas lui témoigner d’amour, d’attention, d’écoute. Et, il y a la négligence éducative voire la carence éducative, quand le parent ne stimule pas son enfant, ne le surveille pas, ne supervise rien, ne l’encadre pas. L’enfant est livré à lui-même. Et ce type de négligence peut également être invoqué comme motif de placement d’un enfant.
L'importance d'un accompagnement adapté
Aujourd’hui, s’impose l’idée que la famille, aussi défaillante soit-elle, est indispensable au développement de l’enfant et on intègre la norme du maintien des liens familiaux.
Les services sociaux accompagnent, font avec les familles, on parle alors d’aide à la parentalité.
On passe de l’idée de la famille à punir, à la famille partenaire avec laquelle on essaie de réparer quelque chose qui a été brisé au sein du foyer.
Une fois ces familles repérées, deux solutions : procéder à un placement administratif des enfants, à la demande des parents. Cela suppose qu’ils reconnaissent eux-mêmes qu’ils sont dans l’incapacité de répondre aux besoins de leurs enfants. Ou alors, procéder à un placement judiciaire. Décision qui appartient à un juge des enfants ou au procureur.
Combien d’enfants sont placés par un juge à l’ASE en raison de "carences éducatives" en Guadeloupe ?
En 2023 en Guadeloupe, 56 enfants ont été placés en famille d'accueil et 15 en établissement.
Les trois quarts des enfants confiés à l'ASE, l'Aide sociale à l'enfance, ont fait l’objet d’une mesure judiciaire. Ce taux de 76 % se situe dans la moyenne nationale.
En revanche, 18 % de ces enfants ont fait l’objet d’un placement direct. Une mesure qui est prise quand un enfant est en danger.
Le juge des enfants peut alors décider de le placer hors de son milieu familial pour le protéger. Et en Guadeloupe, ce taux est l’un des plus élevé de France, avec les autres départements d’Outre-mer. La Réunion en tête.
Un système dépassé
"Si un parent traitait son enfant comme l’État traite les enfants de la protection de l’enfance, il lui serait retiré". Ce sont les propos d’une ancienne enfant placée. Elle fait partie des personnes auditionnées par les rapporteurs de la commission d’enquête sur les manquements des politiques publiques de protection de l’enfance. Ce rapport a été remis à l’Assemblée nationale le 1er avril 2025 et il est effroyable.
400 000 enfants en danger sont confiés à l’État au titre de l’ASE.
Selon le rapport, "le système craque de toute part", la "législation (pour protéger ces enfants) demeure largement inappliquée", cette "politique (est) en situation d’échec".
De lourdes difficultés énoncées
Justement, en janvier dernier, la défenseure des droits a répondu aux magistrats du tribunal de Pointe-à-Pitre qui lui faisaient remonter fin 2022 "les lourdes difficultés rencontrées par le dispositif de protection de l’enfance en Guadeloupe". Les juges des enfants des tribunaux judiciaires de Pointe-à-Pitre et de Basse-Terre décrivent le dispositif comme "inerte".
La défenseure des droits a instruit le dossier et elle constate que si le Conseil départemental de la Guadeloupe s’est mobilisé ces dernières années pour mieux accompagner les familles et protéger les enfants, la mise en œuvre des moyens doit être plus efficiente.
La défenseure des droits a dressé 52 recommandations au total.
52 recommandations
72 millions d'euros ont été alloués, en 2023, à la protection de l’enfance et la parentalité en Guadeloupe. Ce n’est pas suffisant comparé aux autres départements. Première recommandation selon la défenseure des droits, renforcer ce budget.
Après trois ans d’absence, il y a, depuis 2023, un pilote à la protection de l’enfance en Guadeloupe. Mais de nombreux postes restent vacants ou en sous-effectif.
Il y a actuellement deux psychologues, par exemple, pour 1 400 enfants placés en Guadeloupe. Il faut recruter davantage de professionnels et abaisser le nombre d’enfants suivis par chacun d’eux selon le rapport.
Les magistrats se plaignent de ne pas savoir si leurs décisions de placements judiciaires sont bien exécutées. Ils manquent également d’informations sur les tiers dignes de confiance, ces personnes à qui ils confient parfois les enfants, plutôt que de les placer en institution.
Recommandations : plus de transparence et plus de coopération entre les acteurs de la protection de l’enfance.
Les parents doivent répondre aux besoins de leurs enfants et l’Etat doit venir en aide aux familles dans le besoin.
Des moyens limités
La Guadeloupe ne compte que 2 conseillers pour les aider dans la gestion de leur budget. C’est largement insuffisant, observe la défenseure des droits. Quand les travailleurs sociaux doivent venir à domicile, les interventions ne sont pas assez rapides, intenses et resserrées.
Et quand les enfants doivent être placés, le dispositif est saturé.
745 places d’accueil au total en Guadeloupe, cela demeure insuffisant. Conséquences : des décisions de placement non exécutées, des prises en charge inadaptées, un accueil dit d’urgence qui porte mal son nom puisque l’enfant reste en moyenne 11 mois à la maison départementale de l’enfance, une maison souvent décrite comme vétuste.
Quelles suites ?
Ces recommandations ont été envoyées au préfet, au Conseil départemental, à l’Agence régionale de santé, à la Direction territoriale de la protection judiciaire de la Jeunesse mais aussi au garde des Sceaux, aux ministres de la Justice, de la Santé, des solidarités et des familles. Ils disposaient de 4 mois pour donner suite à ces recommandations.
Nous avons demandé à la défenseure des droits si elle a reçu des observations ou engagements de leur part. Nous sommes dans l’attente de sa réponse.
Le sous-directeur de la Protection sociale de l'enfance, famille et jeunesse, Alexander Lagrandcourt, était l'invité de Julien Babel, dans le journal de 13 heures du 11 juin 2025 :
Par Peggy Robert
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