Après la réunion du Comité social d’administration de l’académie de la Guadeloupe, qui s’est tenue le lundi 9 février 2026, syndicats et rectorat se sont quittés dos à dos. Comme chaque année, deux interprétations de la réalité s’opposent, lorsqu’il s’agit d’établir les moyens humains nécessaires localement pour garantir le meilleur enseignement et la réussite des élèves.
D’un côté, celle, comptable, du ministère de l’Education nationale, est traduite par le Rectorat. Le constat est d’abord porté sur les effectifs d’élèves de l’académie. Or, ils sont en constante diminution.
De l’autre, les organisations syndicales prônent la prise en compte de la situation spécifique des établissements scolaires et des enjeux du territoire. De ce point de vue, la répartition des moyens exclusivement comptables ne peut permettre de répondre aux besoins.
Une baisse constante des effectifs d’élèves
Sur les dix dernières années, l’académie, qui couvre la Guadeloupe, Saint Martin et Saint Barthélemy, a perdu près de 20.000 élèves (-21,5%). À titre d’exemple, à la rentrée de septembre 2025, on accusait une baisse de 1093 élèves, par rapport à l’année précédente. Et à la prochaine rentrée, en septembre 2026, on devrait compter 1109 élèves de moins, selon les prévisions. Cette baisse qui équivaut à 3% des élèves dans le second degré ; ce qui fait de l’académie de Guadeloupe la plus touchée par la baisse d’effectif, sur le plan national.
Estimant devoir adapter le taux d’encadrement aux effectifs, le rectorat compte donc procéder à des suppressions de postes, dans une moindre mesure tout de même : 14 postes de moins dans le premier degré (-0,5%), pour des effectifs en baisse de 1,6% et, dans le second degré, 74 postes de moins (-2,1%), pour des effectifs en baisse de 3%
« On aura des professeurs devant chaque élève et je peux vous assurer qu’on fera tout ce qui est en notre pouvoir pour améliorer la situation et faire en sorte que les besoins éducatifs de notre territoire soient vraiment satisfaits. »
Gabriele FIONI, Recteur de l’Académie de Guadeloupe, de Saint Barthélemy et de Saint Martin
Trop de classes surchargées
À l’inverse, les syndicats opposent à cette approche globale une réalité tout autre, en ce territoire archipélagique. Le SNES-FSU considère donc que "les difficultés des élèves et des équipes pédagogiques sont niées", tandis que le SNEP-FSU estime que "les établissements étouffent", puisque malgré la baisse du nombre d’élèves annoncée, les effectifs dans les classes augmentent.
« 100 % des collèges publics présentés au CSA dépassent le standard de réussite de l’OCDE (fixé à 21 élèves par classe). L'administration a transformé la surcharge en norme académique : 42 divisions atteignent ou dépassent le seuil critique de 28,5 à 29 élèves (notamment aux collèges de Bois-Rada, Eugène Yssap ou Alexandre Isaac). Ce constat global montre que l'administration ignore les difficultés sociales et géographiques de l'archipel pour appliquer une simple logique comptable. »
SNEP-FSU
« Face à notre situation, notamment la dégradation du climat scolaire dans les établissements, des niveaux de réussite au Diplôme national du brevet (DNB) qui sont parfois inférieurs à la moyenne nationale, notre académie aurait besoin de moyens qui restent a minima constants. »
Valérie Francius-Figueres, Co-secrétaire du SNES-FSU
Les organisations représentatives des personnels enseignants militent pour que le contexte social soit considéré.
« On a une population socialement très défavorisée, on a des résultats scolaires qui sont loin d'être les meilleurs et on s'aperçoit qu'on a des effectifs par classe qui augmente, sous prétexte qu'il y a une baisse démographique. »
Emmanuel Roublot, Co-secrétaire académique – SNEP-FSU
Les représentants syndicaux dénoncent aussi le maintien en réserve académique de 10 postes, alors que les établissements sont en "surcharge", notamment en SEGPA et en lycée professionnel ?
Au final, pour le rectorat, la réussite des élèves guadeloupéens passe par la préservation du temps scolaire et, donc, la réduction des journées de classe perdues. L’administration essaierait-elle d’envoyer un message à ceux qui seraient tentés d’organiser des journées de grève ; des mobilisations visant à garantir les meilleures conditions de réussite des élèves guadeloupéens...
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