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"Macron doit démissionner" : après la démission de Sébastien Lecornu, les parlementaires d'Outre-mer appellent à tourner la page de la Macronie

Si certains élus ultramarins réclament au président de la République de nommer un Premier ministre de gauche ou de dissoudre à nouveau l'Assemblée nationale suite à l'abandon de Sébastien Lecornu, nombreux sont ceux qui demandent son départ de l'Élysée.

Par  Quentin Menu

Le président Emmanuel Macron lors d'un voyage au Luxembourg, le 3 octobre 2025. · ©NICOLAS TUCAT / AFP
Le président Emmanuel Macron lors d'un voyage au Luxembourg, le 3 octobre 2025. · ©NICOLAS TUCAT / AFP

Il n'était pas encore 4 heures du matin en Martinique, ce lundi 6 octobre, quand Sébastien Lecornu a remis sa démission à Emmanuel Macron. La députée Béatrice Bellay (Socialistes et apparentés) a été réveillée en pleine nuit par les vibrations de son téléphone. "Je me suis dit que ça devait être important." En effet, pour la troisième fois en moins d'un an, le gouvernement français a dû remettre sa démission. La première fois, en décembre 2024, c'était après le vote d'une motion de censure par les députés. La deuxième, le 8 septembre dernier, c'était après l'échec d'un vote de confiance à l'Assemblée nationale. Cette fois-ci, le Premier ministre a pris les devants et a décidé de jeter l'éponge de lui-même, avant une chute qui lui était, de toute manière, promise.

Pour certains, le feuilleton à rebondissements de la vie politique française est devenu lassant. "Nous assistons à une ambiance de fin de règne pathétique avec l'explosion du bloc central et les LR qui ont décidé de bordéliser sans retenue l'action politique et de déstabiliser les institutions (...) au mépris des souffrances de nos populations", résume le député guadeloupéen Elie Califer (Socialistes et apparentés).

"Je ne vois pas comment [Sébastien Lecornu] aurait pu gouverner", reconnaît, déçue, la sénatrice guyanaise Marie-Laure Phinéra-Horth (RDPI, groupe macroniste au Sénat), qui avait salué la nomination de l'ancien ministre des Outre-mer à Matignon, début septembre. Malgré des semaines de consultations, Sébastien Lecornu n'a pas trouvé la formule magique permettant d'assurer une stabilité gouvernementale jusqu’aux prochaines élections.

Un Premier ministre de gauche ?

Pour Béatrice Bellay, le chef de l'État a utilisé sa dernière cartouche en nommant ce fidèle parmi les fidèles à Matignon. "C'est la Macronie effondrée", prophétise le député Christian Baptiste (Guadeloupe, Socialistes et apparentés). "Cette démission est le résultat de l'inefficacité de la Macronie. Même eux ne croient plus en eux", s'amuse le Réunionnais Joseph Rivière, élu Rassemblement national (RN) à l'Assemblée.

Les élus de l'opposition espèrent donc que ce dernier rebondissement politique mettra fin à "l'entêtement maladif" d'Emmanuel Macron – dixit Béatrice Bellay –, qui rechigne à regarder vers sa gauche depuis son arrivée au pouvoir, et encore plus depuis sa réélection en 2022. Trois options s'offrent maintenant au chef de l'État.

Le président français Emmanuel Macron (au centre) rencontre le préfet de Mayotte, François-Xavier Bieuville (à gauche), le président du Conseil départemental de Mayotte, Ben Issa Ousseni (à droite), et des élus au sujet du projet de loi de programmation pour la reconstruction de Mayotte lors de l'assemblée générale du conseil général. · ©LUDOVIC MARIN / AFP
Le président français Emmanuel Macron (au centre) rencontre le préfet de Mayotte, François-Xavier Bieuville (à gauche), le président du Conseil départemental de Mayotte, Ben Issa Ousseni (à droite), et des élus au sujet du projet de loi de programmation pour la reconstruction de Mayotte lors de l'assemblée générale du conseil général. · ©LUDOVIC MARIN / AFP

La première est la nomination d'un nouveau Premier ministre. Après avoir épuisé ses options au sein du socle commun – Michel Barnier (Les Républicains), François Bayrou (MoDem) et Sébastien Lecornu (Renaissance) –, Emmanuel Macron peut nommer un gouvernement technique, ou bien une personnalité de gauche, comme le réclament plusieurs élus. Audrey Bélim, sénatrice socialiste de La Réunion, demande la nomination d'un gouvernement "sur la base d'un programme budgétaire tel que proposé par le Parti socialiste". "J'ose croire qu'il a compris que c’est la solution ultime qui lui reste", souffle la députée socialiste Béatrice Bellay.

La deuxième solution serait une nouvelle dissolution, réclamée à droite et à l'extrême droite. "Nous ne pouvons pas aller de renversement de gouvernement en gouvernement, faute de majorité claire", insiste Micheline Jacques, sénatrice Les Républicains (LR) de Saint-Barthélemy et présidente de la délégation sénatoriale aux Outre-mer. "Nous demandons la dissolution de l'Assemblée nationale pour que le peuple puisse voter et rebâtir une majorité", intime l'élue RN Anchya Bamana (Mayotte).

Certains gardent toutefois en mémoire le fiasco politique de la dernière dissolution, décidée en juin 2024 par Emmanuel Macron. "Je ne vois pas en quoi la dissolution réglerait la question politique", avance le macroniste Nicolas Metzdorf (Nouvelle-Calédonie). "La dissolution ne va pas résoudre la crise politique, elle va l'aggraver", pense, de son côté Christian Baptiste (Guadeloupe, Socialistes et apparentés), alors que l'Assemblée nationale n'a jamais été aussi éclatée qu'aujourd'hui.

Destitution

Alors, certains, dans les rangs de l'opposition, appellent à une solution radicale : la démission du président. "Macron doit démissionner", demande l'élu guadeloupéen. "Il est temps que le président tire les conséquences de son échec", critique la Réunionnaise Karine Lebon, qui siège avec le groupe Gauche démocrate et républicaine (GDR) à l'Assemblée nationale.

La députée de La Réunion Karine Lebon (GDR) à l'Assemblée nationale, le 19 juillet 2022. · ©ARTHUR NICHOLAS ORCHARD / HANS LUCAS
La députée de La Réunion Karine Lebon (GDR) à l'Assemblée nationale, le 19 juillet 2022. · ©ARTHUR NICHOLAS ORCHARD / HANS LUCAS

Elle et neuf autres députés d'Outre-mer (sur vingt-sept) ont signé une proposition de loi visant à réunir le Parlement en Haute Cour en vue d’engager une procédure de destitution à l’encontre du président de la République. "M. Macron porte l'entière responsabilité de ce qui est en train de se passer", juge la Martiniquaise Béatrice Bellay.

Bien qu'ayant accepté la démission de son Premier ministre, Emmanuel Macron a finalement confié une nouvelle mission à Sébastien Lecornu. Il dispose de 48h, jusqu'à mercredi soir, heure de Paris, pour mener d'ultimes négociations et tenter de définir une "plateforme d'action" pour la "stabilité" du pays.

Si la suite du feuilleton politique doit s'écrire dans les heures ou les jours qui viennent, les soubresauts parisiens n'enchantent pas ceux qui aimeraient voir les chantiers lancés aboutir. "Je suis très inquiet pour la refondation et la reconstruction de Mayotte", confie, par exemple, le sénateur mahorais Saïd Omar Oili (Socialiste, écologiste et républicain). Après le passage du cyclone Chido en décembre 2024, le Parlement a adopté une grande loi pour le développement du territoire, le plus pauvre de France. Quatre milliards d'euros ont notamment été votés par les élus. "Mais ce n'étaient pas des finances sécurisées, rappelle le sénateur. Pour les financements, il fallait attendre le budget 2026." Or, sans gouvernement, pas de budget.

Par  Quentin Menu

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