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"Après 17 ans d’attente pour une greffe, je garde espoir" : les villes martiniquaises sensibilisent aux don d’organes

Depuis juin, l'ARS a attribué le label "Ville ambassadrice du don d’organes" à neuf communes martiniquaises. L'objectif est d'informer la population et réduire un taux d’opposition encore élevé sur l’île : près d’un habitant sur deux refuse le don.

Par  Aurélien Février

Remise du panneau de "ville ambassadrice du don d'organe". A gauche Christian Rapha le maire de Saint-Pierre, au milieu Yves Servant le directeur général de l'ARS, et à droite Mérette Fortune la représentante du collectif Greffes+ · ©Marco Calmo
Remise du panneau de "ville ambassadrice du don d'organe". A gauche Christian Rapha le maire de Saint-Pierre, au milieu Yves Servant le directeur général de l'ARS, et à droite Mérette Fortune la représentante du collectif Greffes+ · ©Marco Calmo

Dans quelques jours, un nouveau panneau verra le jour à l’entrée de Saint-Pierre : "Ville ambassadrice du don d’organes". La commune vient de recevoir le label de la part de l’ARS. L’objectif est d'informer davantage la population sur le sujet, car à Saint-Pierre les avis sont partagés sur le don d'organe.

Si une commerçante du marché couvert est pour le don : "donner c’est la vie, ce sont des vies, des familles soulagées, ça ne peut donner que du bonheur", pour d’autres piérrotins, la question est vite balayée : "Je ne suis pas d’accord, Dieu n’a pas créé pour donner des organes".

Un taux d’opposition élevé en Martinique

Aujourd’hui, La Martinique compte un taux d’opposition aux dons d’organes de 47% quand il est de 36% à l’échelle nationale. Dans un tiers cas, les proches, dans le doute, préfèrent refuser le prélèvement. Le dialogue c’est ce que prône l’ARS pour dissiper le doute.

« On a un travail d’information à faire sur ce territoire pour faire en sorte que nous puissions tous faire un choix éclairé. Ça passe par du dialogue entre un professionnel de santé et son patient. C’est aussi du dialogue en famille. C’est du dialogue à l’échelle communale. La commune à un rôle clé de proximité. L’information, c’est le défi majeur. »

Yves Servant, directeur général de l’ARS

17 ans d’attente pour une greffe

Actuellement en Martinique, 80 personnes sont en attente d’une greffe. Parmi elles, Michèle Montrose attend un don de rein depuis 17 ans. Sa valise reste en permanence prête, au cas où le coup de téléphone annonçant l’opération arriverait. Cela s’est déjà produit à deux reprises, mais chaque fois, l’intervention (prévue en Guadeloupe) a été annulée à la dernière minute.

« C’est un ascenseur émotionnel. La première fois, le rein n’était pas compatible. La deuxième fois, il y avait un problème lors du transport du rein qui venait de l’hexagone. Après 17 ans, on s’y fait. »

Michèle Montrose, patiente en attente de grèffe
Michèle Montrose, en attente de greffe d'un rein depuis 17 ans · ©Marco Calmo
Michèle Montrose, en attente de greffe d'un rein depuis 17 ans · ©Marco Calmo

En attendant, depuis 17 ans, elle vit au rythme des dialyses : trois séances de quatre heures par semaine, accompagnées d’un régime alimentaire très strict. Elle ne peut boire qu’un demi-litre d’eau par jour. Pour elle, une greffe changerait tout.

« Professionnellement parlant, ça va simplifier, car je pourrai enfin avoir un travail à temps plein. Mon premier objectif, c’est de profiter de la greffe pour pouvoir voyager. Aujourd’hui c’est un vrai frein car pour voyager en hexagone, il faut être sur qu’un centre puisse nous accueillir alors qu’à l’étranger les dialyses sont payantes.  »

Michèle Montrose, patiente en attente de greffe

Elle salue le travail du collectif Greffes+, aux côtés de l’ARS, pour attribuer le label aux villes martiniquaises ambassadrices du don d’organes.

« Permettre aux gens d’en parler, ça va démystifier la chose. En soit c’est un acte de charité pour permettre à quelqu’un de vivre normalement. »

Michèle Montrose, patiente en attente de greffe

La sensibilisation reste donc essentielle pour lever les réticences et offrir, un jour, une nouvelle vie à ceux qui attendent.

Par  Aurélien Février

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