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Bruno Retailleau en Martinique : Un plan sécuritaire salué mais jugé insuffisant par certains élus

En déplacement de deux jours en Martinique, le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau a annoncé un ensemble de mesures pour renforcer la lutte contre le narcotrafic et la violence armée. Si ces annonces ont été accueillies comme des avancées, plusieurs élus locaux estiment que l’État ne va pas assez loin pour répondre à l’ampleur du défi sécuritaire.

Par  Camille Mosnier

Bruno Retailleau · ©Marc Balssa
Bruno Retailleau · ©Marc Balssa

Parmi les annonces majeures, la pérennisation du deuxième escadron de gendarmerie mobile, la création d’une brigade nautique à Saint-Pierre avec une cellule judiciaire et le renforcement de l’Office anti-stupéfiants (OFAST) avec 26 enquêteurs supplémentaires, dont 9 pour la Martinique. Deux groupes spécialisés dans la lutte contre les armes seront également créés, rattachés respectivement à la gendarmerie et à la police nationale.

Le ministre a rappelé qu’une section de recherche dédiée aux armes a vu le jour le 1er août 2025. Pour la sénatrice Catherine Conconne, ces mesures vont dans le bon sens :

« C’est important. On ne peut pas passer son temps à uniquement faire des constats. Il faut des réponses, et les réponses sont apportées. »

Un drone de surveillance pour lutter contre le narcotrafic · ©Patrice Chateau-Degat
Un drone de surveillance pour lutter contre le narcotrafic · ©Patrice Chateau-Degat

Des moyens technologiques renforcés

Bruno Retailleau a insisté sur la modernisation des outils de surveillance. Côté maritime, deux radars côtiers sont désormais opérationnels et un drone longue portée sera déployé dès le 1er septembre. Côté terrestre, l’aéroport du Lamentin sera équipé au premier semestre 2026 de deux scanners corporels, tandis qu’un scanner mobile est déjà en service au port.

Le ministre a également annoncé une mission du secrétariat général de la mer dans deux mois pour évaluer la sécurité du port :

« J’étais à Rotterdam, premier port européen, pour étudier les dispositifs de sécurité. Croyez-moi, il faut plus qu’un scanner. »

Des réactions politiques contrastées

Ces annonces n’ont pas manqué de faire réagir la classe politique martiniquaise.La députée Béatrice Bellay (3e circonscription) regrette le décalage entre les mots et les actes :

« On ne peut pas parler de guerre à Paris et arriver ici avec des mesures d’une petite bataille. Les narcotrafiquants ont plus de moyens que toutes les collectivités locales réunies. »

Béatrice Bellay · ©Céline Chalono
Béatrice Bellay · ©Céline Chalono

Le député Marcellin Nadeau (2e circonscription) estime que le volet sécuritaire ne suffit pas :

« Ces moyens matériels ne me paraissent pas suffisants. Il faut aussi des moyens en politique de la ville et en prévention. »

De son côté, le maire du Saint-Esprit, Fred-Michel Tirault (LR), premier vice-président de l’Association des maires de Martinique, met en avant la nécessité d’une meilleure coopération locale :

« Nous avons proposé une meilleure articulation entre gendarmerie, police nationale, police municipale et justice. Les infractions doivent être sanctionnées rapidement. »

Une stratégie interministérielle et régionale

Bruno Retailleau a défendu une stratégie « globale et interministérielle » associant Intérieur, Justice, Armées et Douanes. Localement, il appelle à un « consensus de sécurité », associant forces de l’ordre et municipalités.

Enfin, il s’est prononcé en faveur d’une conférence régionale pour la sécurité qui réunirait une dizaine de nations caribéennes dès l’année prochaine, afin de renforcer la coopération face à des trafics transnationaux.

Par  Camille Mosnier

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