Au François, devant la maison de Fabienne et de ses deux enfants, les sargasses dressent une véritable barrière végétale. Brunes et épaisses, certaines nappes se sont noircies à force de stagner ; d’autres, fraîchement échouées, s’ajoutent à la masse. Les effets se ressentent jusque dans la maison : quatre téléviseurs hors service en huit mois, climatiseurs en panne, bijoux et pièces de monnaie noircis. Même la coloration des cheveux n’y résiste pas.
À quelques mètres, l’entrée de la mangrove semble étouffer : de petites bulles éclatent à la surface, libérant un gaz âcre à l’odeur d’œuf pourri qui s’accroche aux vêtements. Dans cette atmosphère saturée, les moustiques prolifèrent, transformant chaque sortie en défi.
« Au début, je suffoquais, j’avais du mal à respirer… J’ai dû appeler SOS Médecin. J’avais comme des crises d’angoisse. Je trouve que les autorités ne communiquent pas assez sur les émanations. C’est une question de santé publique qu’il faudrait prendre plus au sérieux »
Fabienne, résidente du quartier Frégate Est
Un cycle désormais prévisible
Selon les observations des dernières années, la saison des sargasses s’étendrait désormais d’avril à octobre, avec des arrivages massifs tous les deux ou trois ans, suivis de périodes plus calmes. Cette année, les nappes ont été particulièrement conséquentes. Les prévisions du GIP Sargasses laissent espérer une diminution à partir de septembre, ce qui pourrait marquer la fin de la saison entre septembre et octobre, avec moins d’arrivages.
« Nous avons à priori une diminution des nappes à partir de septembre, qui laisse présager une fin de saison avec une réduction des arrivages. Mais faut désormais vivre avec l’idée que les sargasses reviennent chaque année ou tous les deux ans. Notre objectif est de transformer ce fléau en ressource et de mieux préparer les populations. »
Aurélie Fremcourt-Albert, responsable opérationnelle
Créé en 2023, le GIP Sargasses réunit l’État et la Collectivité avec un objectif : passer de la gestion de crise à une stratégie durable.
Ses priorités :
- collecter les algues en mer avant qu’elles n’atteignent le rivage,
- renforcer la prévention auprès des riverains,
- développer la valorisation des sargasses comme matière première.
Les autorités, représentées par Aurélie Fremcourt-Albert, responsable opérationnelle, indiquent qu’il faut s'habituer à vivre avec les sargasses.
19 zones d’échouage au François
Le phénomène ne cesse de s’étendre. Dans la commune, on recense désormais 19 zones d’échouage, contre seulement 14 il y a dix ans. Pour limiter l’arrivée des sargasses sur les côtes, des filets anti-algues ont été étendus en juillet : 100 mètres supplémentaires ont été installés à Frégate Est et 50 mètres à la Presqu’île. Cette opération vise à protéger les habitations des nuisances et représente un coût total de 50 000 €, financé à 90 % par le GIP Sargasses.
« Depuis qu’ils ont mis les filets et qu’ils les entretiennent, on vit beaucoup mieux. Avant, c’était invivable. »
Moussard, riverain
Des courants qui piègent les algues
Si l’amélioration est visible, elle reste fragile. William, plongeur franciscain, pointe un problème majeur:
« Ici, les courants retiennent les algues. C’est vrai qu’il y a du mieux, mais vous voyez… des plaques fermentent toujours sur les rives. Les tracteurs ont parfois du mal à accéder à cause du sol instable et gorgé d’eau. Il faudrait de fortes pluies pour les repousser au large. »
William, plongeur et habitant du François
Malgré 1 000 € par mois pour l’entretien et près de 20 000 € pour mobiliser les engins, certaines nappes restent prisonnières de cette baie fermée.
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Un défi environnemental et sanitaire
Chaque année, jusqu’à 8 000 tonnes de sargasses sont collectées en Martinique. À Frégate Est, l’un des sites les plus chargés en gaz, chaque nappe piégée par les courants peut mettre plusieurs semaines à se résorber. Pour les habitants, le répit est court… et la prochaine marée brune est toujours en vue.
Par Céline Chalono
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