Plus d’un an après les émeutes de mai 2024, les habitants d’un quartier populaire de Nouméa, souvent sans emploi ou en attente de chômage, ont dû inventer de nouvelles manières de survivre. Vente de tabac à l’unité, de sandwiches, de plats à emporter ou troc de produits : une commerçante raconte le quotidien de ses clients, souvent des familles, et les stratégies mises en place pour nourrir leurs enfants et payer le loyer.
Cigarettes et tabac à rouler : un marché noir en plein essor
Selon cette commerçante, depuis les émeutes, de nombreux habitants qui ont perdu leur travail ont été contraints de se tourner vers la revente. Certains achèteraient des paquets de cigarettes pour les revendre à l’unité. D’autres miseraient sur le tabac à rouler, qui permettrait de confectionner jusqu’à cinquante "boulettes" de tabac.
Elle précise : "Le tabac à rouler coûte 2 600 francs. Avec ça, ils font 50 boulettes, vendues 100 francs pièce. Ils touchent environ 5 000 francs en net, soit 2 400 francs de bénéfices."
Sandwiches, quiches et barquettes de poulet
La commerçante explique aussi que l’alimentaire est devenu un terrain d’inventivité. D’après elle, certains se procurent du pain et du jambon pour confectionner des sandwiches revendus dans les nakamals. D’autres prépareraient des quiches avec pâte brisée, lardons et crème, ou encore du poulet surgelé qui sera cuisiné et vendu en barquette à 500 francs CFP. "C’est la survie", dit-elle.
"Après le 13 mai, ça a doublé"
Elle assure que ce système existait déjà avant 2024, mais qu’il aurait pris une ampleur inédite après les émeutes. "Avant le 13 mai, c’était juste un peu d’argent de poche. Après, ça a doublé, parce que beaucoup ont perdu leur emploi", raconte-t-elle. Selon cette vendeuse, des couples sans revenus mais aussi des personnes âgées se lanceraient dans ces micro-activités pour nourrir leurs enfants.
Des ventes qui explosent dans son magasin
La commerçante indique avoir elle-même vu ses ventes bondir. "Le tabac, je dois commander le double. En une journée, je peux écouler deux cartouches par marque. Le tabac à rouler a doublé, voire triplé", affirme-t-elle. Même constat, selon elle, pour le pain : elle en commanderait 130 pièces par jour au lieu de 60 avant le 13 mai 2024. Ses ventes de poulet surgelé auraient également doublé.
Pouvoir d’achat réduit : "les gens viennent avec 1000 francs"
Au quotidien, la commerçante décrit des clients qui comptent chaque pièce. "Les gens viennent avec 1000 francs. Avec ça, ils achètent du riz, du pain… Des denrées de première nécessité et ce qu'ils peuvent avec le reste car c’est tout ce qu’ils ont", explique-t-elle.
Entraide et troc dans le magasin avec les habitants du quartier
Elle ajoute que l’entraide s’organise aussi autour des échanges. "Comme beaucoup attendent encore leur chômage et n’ont plus de travail, certains clients viennent échanger des légumes de leur jardin contre des produits du magasin."
Une pratique illégale mais vitale selon la commerçante
La commerçante reconnaît que ces activités parallèles sont illégales, mais elle estime qu’elles permettent à de nombreuses familles de s’en sortir. "C’est un moyen de nourrir les enfants et surtout de payer le loyer", dit-elle. Beaucoup, selon elle, préféreraient rester dans leur quartier pour la scolarité de leurs enfants plutôt que de retourner aux îles ou en Brousse.
Par Sarra Mejeri
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