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Cantines scolaires : « La promesse du Tavini c’est la gratuité, aujourd’hui on n’est pas encore sur cette gratuité »

Tepuaraurii Teriitahi, réprésentante du groupe Tapura Huiraatiraa à l’assemblée de la Polynésie, était l’Invitée Café de ce vendredi 19 septembre. Elle s’est exprimée sur l'ouverture de la session budgétaire d’hier, mais aussi la politique fiscale et la vie chère.

Par  Rédaction Polynésie la 1ère

Tepuaraurii Teriitahi réprésentante Tapura à l'assemblée de Polynésie française · ©polynésie la 1ere
Tepuaraurii Teriitahi réprésentante Tapura à l'assemblée de Polynésie française · ©polynésie la 1ere

La session budgétaire s'est ouverte hier à l'assemblée avec un seul discours celui de Moetai Brotherson. Le président de la Polynésie a pris la parole pour présenter les grandes lignes du budget 2026 avec des mesures contre la vie chère : le projet Tama’a Maitai, la gratuité des cantines scolaires relevant du Pays et dans le secteur de l’immobilier, un nouveau système de bail pour faire baisser les prix.  

Moetai Brotherson a aussi pointé du doigt ses prédécesseurs : « L’indépendance ne doit pas être la continuité d’une autonomie teintée de clientélisme » a ainsi -asséné Moetai Brotherson qui accuse aussi l’ancien gouvernement d’avoir provoqué la pénurie de soignants.  

Interview :  

Polynésie 1ère - On l’entendait au début de ce journal, Moetai Brotherson a pointé du doigt à plusieurs reprises ses prédécesseurs. Selon lui, la pénurie de soignants est liée à la fermeture de Mathilde Frébault. Il dénonce aussi une autonomie teintée de clientélisme. Comment avez-vous reçu ces attaques ? 

Tepuaraurii Teriitahi - Déjà, lorsque j’ai entendu que vous qualifiez le discours du président de « musclé », je ne suis pas d’accord. Je pense au contraire qu’il était pauvre et faible. Faible parce qu’on dénonce l’arbre du passé pour cacher la forêt du présent. Dire qu’on manque d’infirmières ou d’aides-soignants uniquement à cause de la fermeture de Mathilde Frébault, c’est faux. Cette fermeture avait été décidée pour des raisons sérieuses : il fallait renouveler l’équipe pédagogique et les bâtiments. C’était un projet du Tapura, aujourd’hui c’est à eux de le continuer. Depuis deux ans et demi, des promesses de réouverture sont faites, mais elles ne se concrétisent pas. 

Pour le clientélisme, il faisait référence notamment au CAE. 

Oui. Mais eux, ont créé la petite sœur du CAE, le PIAC, projet d’insertion par l’activité communautaire, censé insérer durablement les personnes. En réalité, c’est exactement la même chose : on prend des gens pour une durée déterminée dans les communes pour entretenir les abords des routes… mais une fois le PIAC terminé, où est l’insertion ? Et quand on regarde qui est retenu, ce sont souvent des personnes proches du parti politique en place. 

« La majorité des enfants sont dans les communes. Qu’a prévu le Pays pour elles ? Pour l’instant rien. La promesse du Tavini est la gratuité des repas, mais aujourd’hui nous n’y sommes pas.  »

Tepuaraurii Teriitahi, réprésentante Tapura à l'assemblée de Polynésie

Vous parliez de la vie chère. Des mesures contre la vie chère et pour l’équité sociale ont été présentées hier à l’Assemblée par le président : projet Tama’a Maitai, gratuité des cantines scolaires, nouveau système de bail dans l’immobilier. Finalement le Tavini est fidèle à ses promesses électorales ? 

On a des annonces, on a des noms, mais on ne sait pas ce qu’il y a derrière. Qu’est-ce que sont « les cantines du Pays » ? La majorité des enfants sont dans les communes. Qu’a prévu le Pays pour elles ? Pour l’instant rien. La promesse du Tavini est la gratuité des repas, mais aujourd’hui nous n’y sommes pas. 

Sur la mise à disposition du foncier, ce dispositif existait déjà : quand le Pays donne le foncier, son prix est déduit du prix de vente. Cela peut bénéficier aux classes intermédiaires et c’est d’ailleurs la seule chose dont je me réjouis dans les annonces du président. J’avais interpellé sur l’oubli des classes intermédiaires : il est temps de les soutenir. 

Quant aux mesures fiscales, il en a parlé sans détailler. Sur 30 minutes de discours, moins de 10 minutes étaient consacrées aux orientations budgétaires. Tout le reste n’était que bilan. On fait des annonces mais on ne sait pas ce qu’il y a derrière, et à la fin il n’y a pas de concrétisation. 

Les chiffres économiques, on leur fait dire ce qu’on veut. L’optimisme affiché par le président ne correspond pas à ce que ressent la population. La vie est toujours chère, les foyers de plus en plus démunis. Si tout allait si bien, on ne serait pas dans cette situation. 

Une question primordiale abordée dans ce discours : la lutte contre l’ice. Une prise en charge particulière aux urgences et de nouveaux moyens sont prévus au budget. Qu’est-ce qu’il faudrait faire d’urgence selon vous ? 

C’est bien qu’il y ait de nouveaux moyens, mais encore faut-il déjà utiliser ceux qui existent. On avait annoncé 250 millions mais on ne sait même pas comment les utiliser. La fédération de lutte fait de son mieux mais il n’y a pas de vraie structuration. 

Un exemple concret : le passeport jeunesse, qui finançait l’inscription des enfants dans les clubs. C’était un outil de prévention. Il a été supprimé. Le pays devait prévoir de le remplacer. Proposer des activités sportives et inculquer des valeurs est un des meilleurs moyens de prévention contre les addictions. 

Vous aviez dénoncé la loi sur l’encadrement des prix et des marges, retoquée par le Conseil d’État. Une satisfaction pour vous ? 

Non. Chaque loi retoquée est un échec pour notre pays. Mais cela montre à quel point le gouvernement est mal conseillé. Chaque loi annulée, c’est du temps perdu. On va encore perdre six mois avant de corriger le texte et de le rendre opérationnel. 

Hier, une réforme de la défiscalisation locale a été votée. Elle n’a pas fait l’unanimité, il y a eu 16 abstentions. Pourquoi ? 

Parce qu’on supprime l’appel à manifestation d’intérêt. Depuis le début, ils ont créé des textes pour les méga-défiscalisations au-dessus de 10 milliards. Ils nous promettent des investisseurs étrangers mais il n’y a rien. Tout semble fait sur mesure, comme ce dossier où l’on veut donner des aides fiscales pour construire un navire de recherche pour un tourisme très spécifique. Une seule personne est intéressée ! Nous ne pouvons pas cautionner ça, d’où notre abstention. 

Le Tapura, présent à l'ONU

Vous vous rendrez le mois prochain à New York pour participer à la session annuelle de la 4ᵉ Commission de l’ONU ? 

Oui. Le président Fritch va mener une délégation. C’est important car devant la scène internationale, les indépendantistes déforment la réalité de notre vie quotidienne. Il faut montrer le vrai visage de la Polynésie et porter la voix des autonomistes, qui restent majoritaires. 

Vous vous êtes rendue récemment aux Fidji aux côtés d’Anthony Géros pour une réunion de la nouvelle assemblée interparlementaire du Pacifique. Était-ce pour avancer des dossiers régionaux ou pour veiller à l’équilibre des forces ? 

Cette assemblée n’est qu’une évolution du groupement des parlements du Pacifique auquel nous participions déjà. J’accompagnais Anthony Géros car j’avais déjà assisté à plusieurs réunions, y compris du temps de Gaston Tong Sang. 

Cette assemblée interparlementaire du Pacifique a pour but de partager les expériences et d’être plus forts ensembles, notamment face aux grands pays pollueurs. L’idée est de construire des solutions durables à des problématiques communes. 

Qu’est-ce qu’elle fait concrètement ? 

Pour l’instant elle ne peut pas proposer de lois, mais son évolution lui donnera plus de pouvoirs décisionnels. L’intérêt est de mutualiser nos expériences, notamment sur l’environnement, car à plusieurs nous avons plus de poids. 

Quels sujets concrets sont abordés lors de ces réunions ? 

L’égalité femmes-hommes, par exemple. En Polynésie, nous sommes précurseurs par rapport à d’autres pays du Pacifique : nous avons la parité dans notre Assemblée, ce qui n’est pas le cas partout. Nous partageons cet exemple. 

On parle aussi de la drogue et des addictions : l’ice est très spécifique à la Polynésie mais nous échangeons sur les moyens de lutter contre les trafics. 

Et bien sûr l’environnement : montée des eaux, réchauffement climatique, lutte contre le plastique. Notre grand espoir serait un jour d’avoir une loi environnementale commune à tous les parlements du Pacifique. 

Les autonomistes, unis contre les indépendantistes ?

Les municipales approchent. Vous vous étiez présentée à Paea en 2020. Allez-vous de nouveau être candidate ? 

Nous présenterons une liste, nous finalisons encore sa composition. Nous annoncerons bientôt qui la mènera. 

Les autonomistes partiront unis ? 

Je le souhaite. Ce n’est pas parce qu’on a des votes différents sur certains sujets qu’on ne peut pas se rassembler. Si c’est pour faire barrage au Tavini, j’espère qu’on y parviendra. 

Comment voyez-vous ce qui se passe actuellement à Paris ? 

C’est inquiétant. La Polynésie a déjà connu cette instabilité. Nous en sommes à un septième Premier ministre. Les Outre-mer risquent d’en faire les frais avec des coupes budgétaires, notamment sur la défiscalisation nationale dont nous avons besoin pour les investisseurs et le tourisme. 

Il faut une majorité solide pour avancer. Je ne sais pas si M. Lecornu, notre nouveau Premier ministre, y parviendra, mais je l’espère de tout cœur. Nous avons besoin de stabilité pour faire avancer nos dossiers en Polynésie. 

Par  Rédaction Polynésie la 1ère

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