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"D'ici l'année prochaine, nous allons voir un nouveau projet de loi qui permettra de faire avancer la question du nucléaire au fenua", Moetai Brotherson, président du Pays, au sujet du rapport de la commission d'enquête parlementaire

Ce matin, le rapport de la commission d'enquête parlementaire des essais nucléaires en Polynésie a été rendu au gouvernement français. Un nouveau projet de loi devrait arriver à l'Assemblée nationale dans les mois à venir. Moetai Brotherson, le président du Pays, était l'invité café de notre matinale radio. Il est aussi revenu sur la conférence des Nations Unies sur les océans à Nice et sur l'économie locale.

Par  JULES BOURGAT

sss · ©Polynésie la Première
sss · ©Polynésie la Première

Corinne Tehetia : Le rapport de la commission d'enquête parlementaire des essais nucléaires en Polynésie a été rendu ce matin même, qu'est-ce que vous en pensez ?

Moetai Brotherson : Le rapport est envoyé au président de la République et au Premier ministre, c'est à eux de l'étudier et d'en tirer les leçons à retenir. Ce que je sais, c'est que Mereana Reid Arbelot va mettre en place un nouveau projet de loi en se basant notamment sur ce que j'avais préparé en 2021, elle va reprendre quelques articles que j'ai préparés et ajouter les siens. Peut-être que d'ici l'année prochaine, nous allons voir un nouveau projet de loi qui permettra de faire avancer la question du nucléaire au fenua.

CT : Voilà 30 ans que Jacques Chirac a annoncé reprendre les essais nucléaires, vous avez rencontré les dirigeants français à Nice, qu'en est-il de l'aide prévue aux victimes ?

À chaque visite, je remets le sujet sur la table. C'est plus de 100 milliards que la CPS prend en charge "à la place de la France" pour soigner les maladies causées par le nucléaire. Il serait temps que la France assume sa responsabilité et participe à ces dépenses. Il en va de la santé des Polynésiens, surtout ceux qui sont victimes.

CT : Quelle est la réponse de la France ?

Aujourd'hui, toujours pas de réponse. Ils évitent le sujet dès qu'ils le peuvent.

Ibrahim Ahmed Hazi : Vous revenez de Nice où s'est tenue la conférence des Nations Unies sur les océans (Unoc), c'est un succès ?

Moetai Brotherson : C'est un succès au niveau des annonces politiques, pour nos associations et pour tous ceux qui ont participé à l'Unoc. On a réussi à montrer qu'il y a des exemples à prendre de ce qui se fait chez nous.

IAH : C'est quoi le point marquant ?

MB : Il y a eu 2 points marquants. La mise en place de l'Aire Marine Protégée (AMP) de classe 6 sur notre ZEE et les ratifications pour légiférer les eaux internationales.

IAH : On parle d'un accord pour protéger les zones de haute mer du chalutage et de l'exploitation des fonds marins, c'est ça ?

MB : Exactement, quand on voit que certains gouvernements s'assoient sur le droit international pour octroyer des licences d'exploitation des fonds marins, c'est une bonne nouvelle que l'accord BBNJ est une bonne chose.

IAH : A l'ouverture de cette conférence, certains espéraient négocier des financements pour leurs projets, ça a été le cas ?

MB : Je pense que les contacts pris à l'Unoc sont très encourageants. Il y a aussi eu un sommet de la finance et de l'économie bleue à Monaco. Il y a des partenaires prêts à s'engager financièrement sur le tourisme vert. J'ai aussi signé un contrat avec des associations de protection qui sont prêtes à venir intervenir chez nous.

IAH : La suite de l'Unoc, c'est quoi ?

MB : Le travail que nous avons fait pour l'Unoc va se poursuivre jusqu'à l'an prochain et la nouvelle journée des océans. Nous voulons rajouter au moins 500.000 km2 de haute protection. Je rencontre les Hakaiki et une délégation de pêcheurs côtiers demain. Il y a des gens qui ont été déçus des annonces faites à l'Unoc, il va falloir leur réexpliquer notre démarche qui est de ne pas travailler en opposition car 86 navires de pêche avec 6 personnes à bord et 5 à terre, ça fait beaucoup de familles polynésiennes qui dépendent de cette activité.

IAH : Ce besoin d'explication, il s'étend jusqu'à vos collègues du Tavini ? Oscar Temaru et Antony Géros ont fait une conférence de presse pour dire qu'ils n'étaient pas convaincus par ce sommet, il existe une scission ?

MB : L'Azerbaidjan, c'est bien. Nice, c'est pas mal aussi. Si une délégation du Tavini nous avait accompagné, ils auraient peut-être vu les choses différemment.

IAH : Le président de l'Assemblée de Polynésie Antony Géros a reporté au 3 juillet l'adoption de son texte visant à créer une commission d'enquête pour évaluer la valeur des fonds marins de la Polynésie, partagez-vous cette démarche ?

MB : Je pense que toutes les démarches visant à évaluer et à poser des chiffres sur des ressentis vont dans le bon sens. Il faut que cette commission soit objective, qu'elle ne soit pas à charge mais oui, je partage l'esprit de cette commission.

IAH : Que devient le projet du village tahitien ?

MB : Pour moi, c'est un projet qui n'avait pas de sens car c'est rajouter 700 chambres sur Tahiti qui n'est pas la destination préférée des touristes. Les gens passent en moyenne 2, 3 jours à Tahiti. Nous allons déterminer ce que l'on va faire de ce site.

IAH : L'ancien hôtel Méridien à Punnauia devait être repris, on en est où ?

MB : Il a été repris. Il devrait réouvrir d'ici la fin de l'année.

IAH : Les patrons du Medef sont en désaccord avec le gouvernement du Pays. Steve Hamblin parle de "perte de confiance" entre les chefs d'entreprise et le gouvernement, qu'est-ce qui se passe ?

MB : C'est simple. Quand on prend une mesure, on a soit les patrons qui nous disent que l'on est anti-entreprise, soit les citoyens qui disent que l'on est copain avec les grands patrons. Quand j'entends Steve Hamblin dire que les patrons ont baissé leur marge et qu'il se demande ce que fait le Pays, j'aimerais rappeler que nous avons rendu à l'économie 9 milliards en supprimant la taxe sociale. Il faut arrêter de tirer sur l'ambulance. 

IAH : Sa demande de baisser les taxes, vous en pensez quoi ?

MB : Ça a été tenté à une époque sur les cotisations sociales. L'idée était de baisser les cotisations patronales pour qu'il y ait plus d'embauches, ça n'a pas fonctionné. Aujourd'hui, nous sommes prudents sur ce genre de dispositif. Ce sont les mêmes entreprises, si nous baissons les taxes, qui viendront se plaindre d'une baisse de la commande publique. Baisser les taxes n'est pas la solution, nous sommes en train de les ajuster, c'est ce que nous faisons avec la taxe de développement locale (TDL). Il y a des accords d'exclusivité à supprimer.

IAH : Qu'est-ce que vous allez faire pour relancer la machine ?

MB : La machine n'est pas arrêtée. Lisez les chiffres, le tourisme est encore en hausse, on a eu une année 2024 record et 2025 est bien partie pour battre l'année dernière. Il faut arrêter de faire du catastrophisme.

IAH : Le CHPF mais aussi l'hôpital de Uturoa sont au bord de l'asphyxie, on a l'impression que l'on met une rustine et que ça relâche après, qu'est-ce qui ne va pas ?

MB : Pendant 10 ans, aucun investissement n'a été fait. On se retrouve avec tout cela à rattraper, ce n'est pas évident. Il y a des malfaçons sur le toit du CHPF par exemple qui font que dès qu'il pleut, l'eau s'infiltre. Ce sont des dépenses énormes. Nous sommes à 15 milliards de francs d'estimation de travaux au CHPF.

IAH : Et pour ce qui concerne Uturoa ?

MB : Les travaux sont en cours. La difficulté est de rénover sans interrompre l'activité de l'hôpital. On a un hôpital de campagne qui va nous être livré l'année prochaine qui permettra d'installer rapidement un deuxième hôpital le temps que l'ancien soit rénové.

IAH : Un mot sur la réforme du mode de scrutin. La mission parlementaire composée des 3 députés polynésiens propose des retouches. Le seuil du second tour qui pourrait passer de 12,5% à 7 ou 10%, la prime majoritaire pourrait être ramené de 33% à 25% et concernant le nombre d'élus, Ahip a proposé de passer de 57 à 41 élus, ça ferait des économies, quel est votre avis ?

MB : C'est plus facile de faire ces préconisations quand on est dans la minorité (rires). Je ne suis pas forcément opposé à ces propositions. Il faut quand même que la majorité qui se dégage soit suffisante pour que l'on ait une stabilité. Je n'ai pas oublié les années d'instabilité entre 2004 et 2013.

IAH : Quel serait le meilleur moment pour réformer ?

MB : Ça ne peut pas se faire en milieu de mandat. Il faut le faire juste avant les élections territoriales.

IAH : Donnez-nous des raisons d'être optimiste.

MB : L'économie va bien. Les prix ne sont pas satisfaisants mais ils ne le sont nulle part dans le monde. L'emploi est au plus haut, le nombre d'entreprises créées est en augmentation et le tourisme se porte bien.

Par  JULES BOURGAT

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