Newsletter de la Polynésie
Tous les jours, recevez l'actualité de la Polynésie dans votre boîte mail

INTERVIEW. ICE, pénurie de médecins, réforme de la PSG : Cédric Mercadal fait le point sur l’avenir du système de santé polynésien

Le ministre de la Santé Cédric Mercadal était invité sur Polynésie la 1ère mardi 19 août. Il assure que la Fédération de lutte contre l'ice ne serait pas laissée de côté, promet de parvenir à fidéliser les médecins et garantir davantage d'équité sociale avec la réforme de la protection sociale généralisée (PSG).

Par  Mereini GAMBLIN

Cédric Mercadal, ministre de la Santé en charge de la Prévention et de la Protection sociale généralisée. · ©Polynésie la 1ère
Cédric Mercadal, ministre de la Santé en charge de la Prévention et de la Protection sociale généralisée. · ©Polynésie la 1ère

Élodie Largenton, Polynésie la 1ère : Cédric Mercadal, vous êtes ministre de la Santé en charge de la prévention et de la Protection Sociale Généralisée. C'est donc une question de choix : vous préférez garder la main sur la prévention plutôt que de confier de l'argent aux associations pour qu'elles fassent ce travail ?

« Ce n'est pas qu'une question de choix. En réalité, on met beaucoup d'argent dans la prévention dans notre pays. On paie des vaccins, on paie des campagnes de mammographie, on paie des frottis en matière de cancer. On fait beaucoup de choses de terrain qui ne se voient pas, mais qui sont financées par le pays et qui coûtent très cher aussi. Donc cette politique, elle est voulue, pour pouvoir encadrer toutes ces choses, dont la campagne ICE qui vient de sortir récemment. »

En parlant de la lutte contre l'ICE, le gouvernement a appelé l'État à plus de répression. En réponse, notamment, la procureure de la République a appelé le Pays à plus de prévention. Ça, c'est de votre ressort. Est-ce qu'il y a des choses concrètes qui vont se passer d'ici la fin de l'année ?

« Il y a eu 250 millions qui ont été posés par notre Gouvernement au sein du budget pour faire un ensemble d'actions de prévention. Une partie de cette somme ira à la fédération contre l'ICE, mais aussi à des actions très concrètes qui sont posées dans le cadre d'un plan porté par le ministère de la Jeunesse et des Sports. »

Donc c'est sûr que la fédération de lutte contre l'ICE va obtenir une subvention ?

« Oui, je pense qu'elle l'obtiendra. Je les ai rencontrés avec le ministre et le Président ce vendredi. On a eu le temps de discuter, de remettre les choses à plat et ils ont très bien compris dans quelles conditions les subventions doivent être octroyées, pourquoi et les plans sur lesquels on appuierait. »

Est-ce qu'il y aura des médecins formés en addictologie ? Est-ce qu'il y a des centres de désintoxication qui vont voir le jour ?

« Aujourd'hui, nous avons un centre d'addictologie qui existe, qui est juste en dessous de mon ministère, qui est le CPSA. Le CPSA s'occupe de toutes les addictions, notamment de l'ICE, et il travaille tous les jours à recevoir de plus en plus de personnes. »

À propos de l'hôpital, il était question de revoir le statut des médecins pour rendre la Polynésie plus attractive. Où ça en est ?

« Deux politiques doivent être menées. D'une part, au niveau de l'établissement, où on voudrait passer à un établissement public de santé qui nous permettra d'avoir beaucoup plus de souplesse dans les recrutements, beaucoup plus d'adaptabilité dans les budgets, et donc recruter au bon moment et au bon endroit et aller vite. Et la deuxième chose, c'est la révision des statuts des professionnels de santé, puisqu'un statut en santé est nécessaire, un statut de fonction publique en santé est nécessaire, et donc nous travaillons avec l'ensemble des partenaires pour aller vers cela. »

Parce que ça se ressent notamment pour tous les malades atteints de cancer. Il y a beaucoup d'oncologues qui viennent et qui repartent. On parle de dysfonctionnement du traitement des cancers. Vous êtes d'accord avec cela ? On en est où ?

« On a une rareté des professionnels de santé. Habituellement, on parle de pénurie de médecins dans le monde, mais la denrée des oncologues est la plus recherchée - avec d'autres professions, mais celle-là particulièrement. On a des professionnels qui viennent, on vient de valider un certain nombre de salaires, de niveaux de salaires, pour ces oncologues qui sont plus hauts que la moyenne, pour pouvoir répondre aux besoins de la population. »

Pour qu'ils restent ?

« Pour qu'ils restent, mais il faudra d'autres mesures afin de les fidéliser. »

Vous avez récemment lancé un appel à candidatures pour des médecins dans les îles. Est-ce que vous avez eu des réponses, des candidatures ?

« On a chaque mois, chaque semaine des candidatures dans les îles parce qu'on voudrait que les gens puissent s'installer, mais il faudra valoriser l'installation dans les îles qui est assez dure quand même. Et en parallèle, développer aussi la télémédecine parce qu'un dispensaire des îles paraît de plus en plus nécessaire. »

Votre actualité, c'est aussi et surtout la réforme de la PSG, première partie. L'objectif à terme, c'est d'avoir un régime unique. Mais pour le moment, ce sont les conditions d'affiliation au RNS, le régime des non-salariés, qui vont changer. Désormais, les salariés devront aussi cotiser sur le revenu de patenté, s'ils ont une patente. Autre changement, les prestations familiales. Les allocations prénatales et de maternité sont revues à la hausse. Pour ce qui est des allocations familiales, ça va dépendre du revenu des parents. Et puis pour les cantines scolaires, l'aide va être renforcée pour que tous les enfants puissent manger à la cantine. Cédric Mercadal, pour les moins fortunés, qu'est-ce que ça va changer concrètement ? Est-ce que les familles vont toucher plus d'argent ?

« Aujourd'hui, quand on est à moins de 87 346 francs, on est au RSPF. Par contre, il peut arriver qu'on soit salarié et gagner moins de 87 000 francs. Et par contre, dans un cas, on est au RSPF avec 15 000 francs d'allocation et dans l'autre, on a 12 000 francs à l'allocation parce qu'on est salarié ou RNS. Demain, à moins de 100 000 francs, tout le monde aura la même somme, 15 000 francs. »

Maintenant, pour les plus hauts revenus, on parlait d'un système dégressif. Ce n'est pas encore tout à fait arrêté ?

« Le système dégressif qui avait été évoqué dans le cadre du rapport du CESEC, c'était pour montrer qu'on pouvait faire un équilibre dans le cadre des discussions qu'on pouvait prendre. Rien n'est arrêté. C'est une discussion que nous devons avoir avec les partenaires sociaux et qui donnera lieu à un arrêté d'application. Mais la volonté du pays est d'avoir au moins 15 000 francs pour tous ceux qui touchent moins de 100 000 francs. »

On a l'impression qu'il y a beaucoup de choses qui continuent de bouger, notamment pour ce qui est de la cotisation sur les revenus des loyers et des dividendes. Le plafond était à 250 000 francs net. Maintenant, il est passé à 300 000 francs net. Sur ce plateau, hier soir, la secrétaire générale de A ti'a i mua a regretté ce volte-face, notamment sur cette réforme en particulier. Vous avez beaucoup entendu les patrons sur cette réforme ?

« J'ai écouté un petit peu tous les partenaires, on est arrivé à un point de consensus qui était à 300 000 francs net, parce qu'on a estimé que tout le monde a le droit de constituer son petit patrimoine et qu'il ne fallait pas taxer. C'est plutôt les gens qui ont une vraie activité patrimoniale locative, qui sont des loueurs professionnels, en fin de compte déguisés, qui doivent contribuer parce que c'est une activité. »

La TVA sociale rapportait 9 milliards par an. Quel est le rendement attendu de cette réforme ?

« Je ne mets pas les choses sur la même activité. Moi, j'ai mis la réforme de la primauté et la réforme de l'affiliation que l'on a aujourd'hui, c'est une réforme vers l'activité. Plus il y aura d'actifs et moins on aura de problèmes de protection sociale parce qu'il y aura plus de cotisants. Le problème de notre pays, c'est qu'il n'y a pas assez de gens qui travaillent, et on l'a démontré. Sur deux ans, on a augmenté de 3 500 le nombre d'emplois. On est passé de 72 000 à 75 000 aujourd'hui et on a créé plus de 900 personnes au RNS en plus. Ce qui veut dire que le régime va mieux. Un exemple : on avait un excédent de 1,5 milliard avec la TVA sociale en protection sociale généralisée. Et cette année, sans la protection sociale généralisée, sans la fameuse taxe, on est à 2,5 milliards d'excédents qui sont affectés à la retraite. »

On a parlé du premier volet de cette réforme de la PSG. Il y en a deux autres qui doivent suivre. Il y a aussi une réforme de la retraite qui doit arriver. Qu'est-ce qui nous attend ?

« Trois réformes majeures. D'une part, l'optum 1, c'est celui que l'on vient de faire : mettre les personnes dans les bonnes cases, dans les bons régimes. La deuxième, c'est mettre les prestations dans les bons régimes avec les recettes qui doivent être fléchées. La troisième, ce sera le régime unique. »

Pour la retraite, on parle des années de cotisation qui vont certainement être prolongées de deux ans ?

« Sur la retraite, il y a beaucoup de discussions qui doivent être menées parce que ce n'est pas un long fleuve tranquille que de faire une réforme des retraites, mais ça doit être partagé. Je sais que Pierre Frebault, le directeur de la CPS, va négocier, discuter avec les partenaires. Ça doit être quelque chose de consensuel parce que la retraite, ça nous touche tous et on paye tous pour nos parents parce que c'est comme ça que ça fonctionne. Et on veut vraiment que ce soit une vraie concertation globale et une vraie avancée commune sur les retraites. »

Par  Mereini GAMBLIN

À lire sur le même sujet

Le dernier journal

Édition du jeudi 10 septembre 2026

Sur le même sujet

Derniers articles

Mots clés de l'article