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INTERVIEW. « La personne physique qui gagne des loyers doit participer » : Tematai Legayic sur la réforme sociale

Tematai Legayic était invité sur le plateau de Polynésie la 1ère le 14 août. Le représentant Tavini à l'Assemblée de Polynésie a donné son avis sur le nouveau "guichet social" mis en place en réponse aux mouvements de grève de la FRAAP. Il a également fourni quelques éclairages concernant le projet de loi relatif aux conditions d'affiliation au Régime des Non Salariés et s'est exprimé sur les tensions au sein de son parti.

Par  Mereini GAMBLIN

Tematai Le Gayic, représentant Tavini à l’assemblée de la Polynésie française, sur le plateau du JT le 14 août 2025. · ©Polynésie la 1ère
Tematai Le Gayic, représentant Tavini à l’assemblée de la Polynésie française, sur le plateau du JT le 14 août 2025. · ©Polynésie la 1ère

Élodie Largenton, Polynésie la 1ère : Tematai Legayic, vous êtes représentant Tavini à l'Assemblée de Polynésie. Le Tavini a fait campagne sur la vie chère. Est-ce que ce n'est pas un aveu d'échec de voir ces catégories C et D réduites à une forme d'assistanat plutôt que d'améliorer leurs conditions de vie ? 

Tematai Legayic : « Ce n'est pas nouveau que le Gouvernement décide de rencontrer la population. Gaston Flosse l'a fait pendant toute la période où il a été Président. Aujourd'hui certains maires comme Teura Iriti le font à Arue. Donc cette volonté de proximité entre les administrés et le politique est un usage dans le paysage politique. » 

Là il ne s'agit pas de les rencontrer, il s'agit d'apporter une réponse à la grève de la FRAAP... Donc on n’augmente pas le point d'indice, juste on les rencontre ? 

« La mesure que demandait la FRAAP initialement était beaucoup trop élevée par rapport aux besoins financiers. Elle demandait entre 11 et 15 milliards, la masse salariale du Pays est entre 33 et 35 milliards, si augmenter d’un tiers supplémentaire... Aujourd'hui tout le monde dit que la pression fiscale est trop élevée, les patrons gueulent dans les chaumières parce qu'on a des difficultés avec la pression et le taux de fiscalité et de pression sociale élevée... On ne pouvait pas se permettre d'augmenter de 11 milliards la masse salariale. Donc, il fallait une réponse. Pour ce guichet social, personnellement, je pense que ce n'est pas une réponse adaptée. C'est une bonne chose de rencontrer nos fonctionnaires, ils ont besoin d'être écoutés, ils ont besoin d'être orientés. Mais je ne crois pas que mobiliser deux ministres, deux ministères, soit adapté aux besoins concrets de ces fonctionnaires. Aujourd'hui concrètement, de quoi ont-ils besoin ? Beaucoup de fonctionnaires sont les seuls, ou sont deux, à financer le quotidien de familles de huit, dix, douze, quinze personnes. » 

Avec 150 000 francs c'est compliqué, pour ne pas dire impossible...

« Exactement. Donc il y a un besoin de voir la situation dans les familles de démembrement. Il y a une difficulté d'accès au logement. Ensuite il y a une difficulté de mettre en activité toutes ces personnes parce que la plupart sont aussi en âge de travailler mais n'ont pas eu la formation disponible, ne sont pas entrés dans le marché de l'Emploi... Ce n'est pas sur le fonctionnaire en lui-même qu'il faut trouver une solution, c'est aussi sur l'ensemble du foyer qu'il faut arriver à apporter des solutions. Pour ce qui est du taux d'emploi, on a réussi à l'augmenter de 3% sur les deux années et demie. On est passés de 56 à 58,5 %. Le gros souci dans notre Pays pour augmenter le taux d'Emploi, c'est la capacité que le pouvoir public a de structurer la formation. Aujourd'hui quand on va au Sefi, il y a 7 000 offres d'emploi disponibles. Comment se fait-il qu'il y a 7 000 offres d'emploi disponibles et qu'on n'est pas capables de mettre les gens en face ? »

Donc il y a là un axe de travail pour vous... 

« Oui et c'est là où on attend le Gouvrnement ! Le CFPA, le RSMA, l'ensemble des centres de formation doivent être beaucoup plus structurés, doivent travailler en concordance de manière à adapter les formations pour répondre à ce besoin d'offres d'emploi. Les offres sont disponibles mais on n'arrive pas à mettre les gens en face donc il faut rapidement trouver une solution à la formation professionnelle. »

La politique c'est aussi le grand retour d'un texte qui a beaucoup fait débat : le projet de loi relatif aux conditions d'affiliation au RNS, le régime des non salariés, il a été discuté au sein de la commission de la santé. Cette réforme est présentée comme un rééquilibrage qui doit permettre de garantir la pérennité de notre protection sociale. Il est question notamment de soumettre les revenus des loyers et des dividendes à cotisations à partir d'un certain montant. Tematai Legayic, ce texte est critiqué de toutes parts. On a entendu par exemple que les vendeurs de fleurs ou de mape pourraient devoir cotiser alors qu'ils ne gagnent même pas le SMIG. Est-ce qu'il y a des ajustements qui ont été décidés aujourd'hui ? 

« Ces exemples sont faux, pour être clair. À la base, le texte initial de 1995 prévoyait que l'ensemble des ressources de quelqu'un qui n'est pas salarié, donc RNS, devait tout cotiser. Mais aucun gouvernement ne l'a appliqué ou toiletté. En 2022, le Gouvernement Fritch a tenté de le faire mais a reculé. Aujourd'hui le Gouvernement Brotherson propose de remettre tout le monde dans les bonnes cases et propose un seuil pour lequel le RNS devra cotiser. Le seuil, in fine, qui est sorti de la commission, où il y a eu des amendements d'amélioration, il est de 300 000 francs nets pour ce qui est des loyers et des dividendes. »

Cela a été revu à la hausse ? 

« Cela a été revu à la hausse. Par exemple, quelqu'un qui fait de l'activité immobilière, qui a plusieurs loyers, si l'ensemble de ses loyers dépasse les 300 000 francs nets c'est-à-dire en prenant en compte les charges, alors il paie. Un exemple : si l'ensemble de tes loyers est 500 000 francs bruts et que tu as 300 000 francs de prêt à la banque, ça descend à 200 000 francs nets, tu n'es pas soumis à cotisation. Il y a eu plusieurs tentatives, de part et d’autre, de délégitimer cette réforme. Je pense que cette réforme peut être intéressante. Le seuil proposé permet beaucoup d'exemptions. Nous avons également proposé une décote à 20% pour essayer de prendre en compte les charges de fonctionnement et de rénovation pour ce qui est des loyers par exemple, de manière à ce que cette contribution sociale ne pèse pas trop sur l'activité. Personnellement, je pense sincèrement qu'il nous faut verrouiller le financement de la PSG. Parce que, qui dit contribuer à la PSG, dit ouvrir des droits pour la santé, pour la retraite, pour les prestations familiales. Là où je suis d'accord avec les patrons et je serai leur soutien : c'est que la pression fiscale dans notre Pays est trop importante sur l'outil de production, sur les entreprises. Mais la personne physique qui gagne des dividendes, qui gagne des loyers, doit participer à la contribution sociale. » 

Le débat va se poursuivre puisque le texte doit encore passer à l'Assemblée. Un mot sur les dissidences actuelles au sein du Tavini. Ce n'est pas nouveau mais on a vu ces derniers jours à Mataiea de nouvelles tensions. Comment vous vivez ces tensions ? 

« Je laisse les dirigeants du parti gérer les conflits internes au parti. »

On a quand même l'impression de deux clans au sein du Tavini. On a peut-être un conflit de générations ? 

« Non. Ceux qui veulent y trouver des clans à l'intérieur des partis politiques vont essayer de les mettre en avant. Aujourd'hui on est à 6-7 mois des élections municipales. Dans l'ensemble des partis ou mouvements politiques, il y a des discussions. J'ai vu que peut-être le Sénateur Teva Rohfritsch se présenterait contre Teura Iriti à Arue, on n'en fait pas tout un foin dans le camp autonomiste. Je pense qu'il faut laisser le Tavini gérer les élections municipales. Pour ce qui est de l'Assemblée par contre, je fais partie de ceux qui pensent qu'il faut arriver à temporiser les problèmes internes qu'on peut avoir dans le parti pour ne pas que ça amène un sentiment anxiogène à l'intérieur du Pays. Les gens ont besoin d'investir, ils ont besoin de prévisions, s'ils voient en plus que les Institutions ne s'entendent pas entre eux, c'est problématique. Il faut qu'on arrive à apaiser les tensions pour qu'il y ait de la visibilité pour les investisseurs. »

Par  Mereini GAMBLIN

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Édition du jeudi 10 septembre 2026

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