Dès son arrivée, le ministre a été marqué par l'accueil polynésien, symbolisé par "ces fleurs autour du cou qui sont aussi le symbole de la bienvenue". Au-delà de l'hospitalité, il a noté un équilibre frappant : "Ce qui m'a marqué, c'est à la fois... un attachement très fort à l'État... et de l'autre côté cette force de la culture polynésienne". Il a souligné que cet ancrage profond dans une "culture millénaire" confère à la Polynésie sa "particularité" et sa "force", permettant au territoire de "rayonner dans le Pacifique". Le ministre est même allé plus loin, affirmant que "la Polynésie apporte beaucoup plus à la France que la France n'apporte à la Polynésie. La Polynésie a une force qui entraîne la France dans le Pacifique".
Protection du fenua et de ses ressources
Interrogé sur la protection de la Zone Économique Exclusive (ZEE), notamment en matière de pêche, Manuel Valls a affirmé sa conviction que cette dernière est "suffisamment protégée" par l'Etat mais qu'il faut toujours "améliorer les moyens qui vont augmenter". Il a insisté sur le rôle prépondérant de la marine française dans le Pacifique, opérant "beaucoup plus que les États-Unis d'Amérique" pour la surveillance. Des "moyens supplémentaires en hommes" sont prévus pour les armées, notamment la marine nationale, un "engagement du président de la République". Le ministre a réitéré que "l'État joue son rôle pleinement de protection notamment de cette ressource incroyable qui est la pêche". Il a rappelé que la pêche est la troisième ressource de la Polynésie, après les perles et le tourisme, et qu'elle pourrait également assurer "l'autosuffisance alimentaire".
Délicat dossier des capésiens
La visite du ministre au musée de Tahiti et des îles, récemment rénové et en prévision d'une extension, a été l'occasion de rencontrer des Polynésiens ayant décroché le CAPES cette année. Un point de tension a été soulevé par ces jeunes : le "manque d'équité" concernant les aides financières. Un titulaire du CAPES a ainsi interpellé le ministre directement : "Pourquoi les fonctionnaires métropolitains affectés en Polynésie française bénéficient-ils d'aide financière alors que nous Polynésiens qui sommes affectés en Métropole n'en recevons pas, alors même que nous exerçons les mêmes missions et que nous nous éloignons également de notre fenua ?"
Comme réponse, le ministre a reconnu l'existence de "difficultés" et de "cas qui ne sont pas réglés", notamment pour 25 capésiens n'ayant pas trouvé de postes localement ou ne bénéficiant pas d'une deuxième aide. Il s'est "engagé... à examiner ces dossiers avec [sa] collègue Élisabeth Borne, la ministre de l'Education nationale pour traiter ces sujets". Il a déploré que "parfois tout est trop compliqué en France" et a assuré être "déjà en train de déverrouiller un certain nombre de dossiers" pour lutter contre ce qu'il perçoit comme des "injustices et des inégalités".
Lutte contre les stupéfiants et prévention
La lutte contre les drogues et la toxicomanie est une préoccupation majeure du ministre, en Métropole comme ici. Dans notre JT de la veille, Kathy Gaudot, de la Fédération citoyenne de lutte contre les drogues et la toxicomanie, avait exhorté l'État à agir avec "plus de moyens, plus d'effectifs" aux points d'entrée (aéroport, sites maritimes). Manuel Valls a confirmé que c'est une "priorité de l'État" de "lutter... contre tous les stupéfiants", citant l'ice, le cannabis, la cocaïne et l'héroïne. Il a mentionné la coopération internationale avec les États-Unis et l'Australie, reconnaissant que la Polynésie étant une "terre de passage" pour ces trafics.
Au-delà de la répression, il a mis l'accent sur l'importance des "politiques de prévention, les politiques de santé de santé mentale", en particulier pour le cannabis dont la dangerosité est souvent sous-estimée. L'État s'est dit prêt à aider le gouvernement polynésien à condition qu'il s'engage pleinement dans ces politiques de prévention, et pourrait également accompagner la mise en place d'un "vrai centre de désintoxication".
Indépendance et ingérence
Lors de son séjour, le ministre a rencontré Oscar Temaru et Antony Géros, figures indépendantistes demandant "l'ouverture d'un dialogue de décolonisation" avec l'Etat. Il a affirmé entendre ces demandes, mais a exprimé des doutes quant à leur place dans la société polynésienne ou lors des dernières élections territoriales : "Est-ce qu'ils sont présents autant qu'on le pense dans la société polynésienne ? Je n'en suis pas sûr. Est-ce que c'était le sujet central des dernières élections territoriales ? Je ne le crois pas". Malgré cela, il s'est déclaré "prêt au dialogue" et aux discussions, soulignant la participation de la France au C24 des Nations Unies, y compris lorsque le sujet de la Polynésie est abordé. Il a rappelé que "ce sont les mouvements indépendantistes qui ont fait le choix d'aller chercher la solution au niveau des Nations Unies".
Le ministre a souligné le "bon équilibre" actuel entre le rôle de l'État, qui apporte un soutien financier conséquent (222,8 milliards cfp en 2024), et l'aspiration de "la Polynésie à contrôler son destin".
Un autre point a concerné l'ingérence étrangère. Manuel Valls a fermement condamné les liens de certains avec des pays comme l'Azerbaïdjan, qui, à l'instar de la Chine et de la Russie, loin d'être des exemples en matière de démocratie, cherchent "à jouer un rôle contre la France". Il a jugé "tout à fait inacceptable" et "pas très sérieuse et très responsable" la participation de certains élus au "groupe de Bakou". Mais il préfère "laisser aux Polynésiens de trancher ce sujet".
Sport et relations de travail
Le succès des épreuves de surf des Jeux Olympiques de Paris 2024 à Teahupo'o a été salué. Cet événement a eu un impact positif notable, les touristes étant plus nombreux, et leur nombre ayant "triplé" depuis la compétition. La marina de Teahupo'o, rénovée grâce à un financement de 500 millions cfp de l'État et du territoire, en est un exemple concret. Le ministre a insisté sur le fait que la vague de Teahupo'o a été "l'une des images incroyables des Jeux Olympiques de Paris, mais grâce encore une fois à la Polynésie". Les prochains Jeux du Pacifique en 2027, qui auront lieu ici, bénéficieront également d'un soutien financier de l'État, le sport étant selon lui un levier pour "entraîner beaucoup de jeunes" et "rénover des équipements sur l'ensemble des archipels".
Le ministre a également mis en avant les "bonnes" relations de travail avec le Président Brotherson et les élus locaux, sur des sujets concrets tels que l'eau, les déchets, le maintien des jeunes dans les îles, la culture et la pêche.
Budget et Nouvelle-Calédonie
Face à un contexte national de rigueur budgétaire et une situation "extrêmement difficile pour les finances publiques", le ministre a affirmé son engagement à "préserver les politiques publiques les plus efficaces et qui concernent l'ensemble des territoires ultramarins". Il a cité le soutien apporté à la Nouvelle-Calédonie (3 milliards d'euros supplémentaires) et à Mayotte (4 milliards d'euros). Il a promis de se battre pour maintenir les budgets essentiels pour la Polynésie, notamment dans les domaines du sport, du logement, de la jeunesse et de la sécurité.
Enfin, la question de la Nouvelle-Calédonie et de l'accord de Bougival a été abordée. Manuel Valls, fier de son engagement dans cet accord qu'il considère comme "une chance pour la Nouvelle-Calédonie", a averti des conséquences d'un échec : "Un non accord, une non application de cet accord représenterait un saut dans le vide pour la Nouvelle-Calédonie : le retour de la violence, l'absence de perspective". Il a souligné que l'"image de la France en est sortie évidemment extrêmement abîmée" après les émeutes de mai 2024, et a réitéré sa disponibilité pour fournir toutes les explications nécessaires afin que l'accord, qui prévoit "un Etat, une double nationalité, une reconnaissance internationale, une loi fondamentale, un élargissement de son corps électoral" et des moyens de reconstruction, puisse aboutir.
Retrouvez l'intégralité de l'entretien avec Manuel Valls :
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