À l’aube de ses 93 ans, Michèle de Chazeaux se souvient très distinctement de chaque rencontre, de chaque moment de sa vie. Une mémoire intacte et toujours autant de douceur dans la voix. C’est bien ce qui la caractérise : sa voix douce, et une curiosité infinie pour les autres. Aujourd’hui, c’est à son tour de se confier.
/outremer%2F2025%2F10%2F15%2Fwhatsapp-image-2025-10-14-at-15-43-06-2-68eefc7a1b639651737568.jpg)
Confortablement installée dans sa chaise, sur sa terrasse face à la mer, elle partage ses souvenirs, avec beaucoup d’humilité. La présence de son ‘Aito la rassure. « C’est mon soutien, le symbole de l’énergie pour moi. Ce ‘Aito-là particulièrement. Il me tient compagnie » dit-elle.
Depuis quelques années, Michèle n’est plus tout à fait libre de ses mouvements. L’âge lui fait défaut. Alors elle apprécie la beauté que lui offre la Nature, la chance qu’elle a de vivre au bord de l’eau, entourée d’arbres et de fleurs.
« On a de la chance d’avoir des lagons de cette couleur, des ‘Aito magnifiques. (...) C’est une magie. Ça compte beaucoup, le cadre, surtout quand on vieillit. »
Michèle de Chazeaux
Femme libre
Michèle de Chazeaux a eu deux enfants, un garçon et une fille. Elle a vécu deux passions : une première en France, avec le père de ses enfants et une seconde en Polynésie, avec le navigateur Marc Danois. Après son décès, dans les années 90, elle n’a jamais refait sa vie. Pas par défaut, mais par amour pour la liberté. « J’étais très indépendante, j’ai eu la chance de vivre célibataire assez longtemps. J’ai eu cette liberté de pouvoir partir en balade quand j’en avais envie, mes enfants étaient grands. Quand je suis tombée amoureuse de Marc Danois, j’ai eu du mal à me faire au quotidien. Et là, je retrouve cette même difficulté, puisque je ne peux plus conduire… Je dépends des autres… C’est dur à accepter. »
« C’est important la liberté. »
Michèle de Chazeaux
Il n’y a pas de nostalgie dans sa voix. Elle retrace son parcours avec dignité, inspirée des Polynésiens et des Polynésiennes qu’elle a rencontrés. Et qui ont, d’une certaine manière, forgé sa personnalité. « Les gens ont un sens de la dignité particulier ici. Ils tournent en dérision leur mésaventure, plutôt que de gémir et de se plaindre. Ils ont un grand sens de l’humour. Il y a un comportement d’une humanité, d’une gentillesse et d’une gaieté à nulle autre pareille. »
De l’enseignement à la télévision
C’est ce qui la frappe lorsqu’elle arrive à Tahiti, le 1er septembre 1966. Elle entend parler de ce Pays par la gouvernante qui s’occupait du bébé de son frère. Ce dernier avait officié dans la Marine en Polynésie. « Quand elle est venue en France, elle m’a raconté son île, Raiatea, Tahaa. Je venais justement de passer mon CAPES. J’allais être nommée quelque part en France. »
« J’étais divorcée et c’était mal vu à l’époque. Donc, émue par le récit de cette Rosina de Tahaa, j’ai demandé la Polynésie. Et je l’ai obtenue. »
Michèle de Chazeaux
À ce moment précis, elle ne connaît pas la Polynésie et ne rêve que d’une chose : réussir professionnellement et élever ses enfants dans de bonnes conditions. Puis, elle a rencontré ce peuple, « beaucoup plus tolérant » et ce Pays, qui a changé sa vie. Elle débute sa carrière en tant que professeure de Lettres au lycée Paul Gauguin. « Mon frère avait laissé de tellement bons souvenirs que beaucoup de familles m’ont ouvert leurs bras et leurs maisons. J’ai été accueillie chaleureusement et on ne me posait aucune question sur mon divorce. »
« J’ai été en famille presque tout de suite et les enfants m’ont bien aidé aussi, parce qu’ils étaient joyeux de se retrouver ici, au paradis. »
Michèle de Chazeaux
À partir de là, tout s’enchaîne… Dans son lycée, les élèves la tutoient le dimanche et la vouvoient le lundi. Elle s’adapte vite, se nourrit de poisson cru et s’attache à cette terre où « le sourire fait partie du paysage ».
En parallèle de l’enseignement, elle devient speakerine.
« La télévision ne marchait que de 18 h à 21 h 30. »
Michèle de Chazeaux
Son émission mêle culture et artisanat, avec une idée simple : « Faire découvrir la Polynésie aux Polynésiens eux-mêmes. » Elle anime le jeu « Tahi, Rua, Toru » puis quitte la télé dans les années 1970 pour rejoindre la radio, où sa voix douce devient familière.
Des témoignages qui font l'histoire du Pays
À Radio Polynésie, elle enregistre plus de huit cents entretiens : femmes, pêcheurs, navigateurs, artistes.
« Les gens m’ont fait confiance. Ils ont vu que je ne venais pas par curiosité malsaine, mais pour leur permettre de s’exprimer. Ces récits sont l’histoire du pays. »
Michèle de Chazeaux
Son micro devient un outil de mémoire. Elle milite pour que ses archives soient conservées : « Je pense que les gens seraient contents d’écouter leurs grands-parents. J’ai reçu une lettre il y a quelques jours d’une jeune fille qui a entendu l’émission Vanisette dans Rencontres que j’avais faite il y a longtemps et qui parlait d’un Langomazino. Cette jeune fille porte le nom de Langomazino et savait qu’elle avait un grand-père ou un arrière-grand-père dans les îles, mais elle ne sait pas où il est… Elle m’a demandé si j’avais des renseignements » nous dit Michèle. « Les enfants doivent poser des questions à leurs grands-parents, ne pas négliger leur langue ». Et, avant tout, « être eux-mêmes dans leur pays ».
« Ces témoignages oraux mériteraient qu’on les garde. Il y a des personnages étonnants. »
Michèle de Chazeaux
Michèle de Chazeaux a transcrit des légendes sur le cocotier ou la mer. Avec Marie-Noëlle Frémy, elle a participé à l’écriture d’un ouvrage sur le tīfaifai, fascinée par « la beauté d’un art local transmis par des mains patientes ».
Dès la création du Festival international du film documentaire océanien, dans les années 2000, elle rejoint le comité de sélection. « Le FIFO a été une école de l’Océanie », dit-elle.
/outremer%2F2025%2F10%2F15%2Fchapo-articles-1600-x-1100-px-9-68eff6871aa92370580416.png)
Faite chevalier de l’Ordre national du Mérite en 2013, elle considère la distinction comme « une reconnaissance de la radio, pas de ma personne ». Car pour elle, Polynésie La 1ère, c’était aussi une famille.
« J’ai eu la chance d’écouter les Polynésiens parler d’eux-mêmes. »
Michèle de Chazeaux
Elle regrette quelquefois que les femmes de Polynésie « soient si mordues par leur mari, qu’elles ne résistent pas à la violence, qu’elles en subissent les conséquences. Pourtant la femme est fascinante ici. Elle passe de la réussite à l’échec, des bonheurs aux malheurs avec un esprit particulier, une dignité particulière. J’ai plein d’admiration pour les femmes de Polynésie. »
Le 24 octobre 2025, Michèle De Chazeaux fêtera ses 93 ans. Installée dans son fauteuil, face à la mer, elle observe le monde évoluer. L’essor de l’intelligence artificielle l’effraie. Elle ne saura sans doute jamais l’utiliser, mais qu'importe aujourd'hui... Puisqu'elle possède ce que l’IA n’aurait jamais pu lui offrir : ses rencontres passées, et la Nature qu’elle prend, tous les jours, le temps de contempler.
Par Mereini GAMBLIN , Teiva Roe
- Décès du pasteur noir et militant américain Jesse JacksonDirectIl était tout à la fois une icône des Afro-Américains, une personnalité de l'Histoire liée à Martin Luther King, un ex-candidat à la présidentielle américaine. Le pasteur noir américain Jesse Jackson est mort à l'âge de 84 ans.
/outremer%2F2019%2F10%2F02%2F5d94e51ab02b1_jesse_jackson_2.jpeg)
- Aller sans retour... Des Martiniquais installés à Poitiers liés par le carnavalDirectNous voilà partis, comme de nombreux Martiniquais qui s’envolent, vers d’autres contrées. Mais pour certains, c’est un départ sans retour. Ce sont eux que nous allons rencontrer, ceux qui ont choisi de quitter le pays, pour une durée indéterminée, afin de se construire une nouvelle vie. Destination la ville de Poitiers, dans le sud-ouest de la France.
/outremer%2F2026%2F02%2F17%2Fmembres-de-l-associatioon-tropikal-86-a-poitiers-6993d7f9f0ec4443615686.jpg)
- Un bébé naît au sein de la communauté de brigades de gendarmerie de Saint-BenoitDirectC'est une belle nouvelle qui vient bouleverser les habitudes des gendarmes ! Une naissance a eu lieu à la communauté de brigades de Saint-Benoît. Le nouveau-né, en bonne santé, a été pris en charge par les militaires avant l'arrivée du SMUR.
/outremer%2F2026%2F02%2F17%2F636773191-1357234049764070-3749669574694373177-n-1-69943c39aeadb064694720.jpg)
- Migration animale : les baleines à bosse viennent d'élire domicile dans les eaux chaudes antillaisesDirectIl n’y a pas que les groupes de carnaval qui défilent ces jours-ci. Un autre vidé, qui a commencé bien avant les premiers coups de tambour, à des milliers de kilomètres de la Guadeloupe, dans les profondeurs de l’Atlantique Nord, a conduit les baleines à bosse jusque dans la mer des Caraïbes. Elles ont quitté les eaux glacées, glissé vers le sud, et sont venues, comme chaque année, mettre bas dans les eaux antillaises.
/outremer%2F2020%2F08%2F31%2F5f4d19c14e88e_saut_de_baleine_devant_petite_terre_net-1462238.jpg)
- À La Une "Jeunes Citoyens", le lycée Emile Letournel fortement engagé dans le parcours vers la citoyennetéDirectLors du premier numéro du magazine À La Une, les jeunes lycéens étaient à l'honneur. De jeunes citoyens engagés dès leur plus jeune âge dans la vie de leur établissement scolaire. Le lycée Emile Letournel offre aux élèves l'opportunité de s'investir au travers de très nombreuses instances.
/outremer%2F2021%2F01%2F28%2F6012f11584064_lycee_emile_letournel_couloir-1576036.jpg)
/outremer%2F2025%2F10%2F16%2F73a1f7db-3918-4514-b657-170bf4ac6c3a-68f0babb477ce372144447.jpg)