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Réinventer le reo tahiti : des mots aux réseaux sociaux, l'Académie tahitienne se mobilise

Dans notre matinale radio, Emmanuel Nauta, directeur de l'Académie tahitienne, a parlé du prochain séminaire sur la création lexicale et l'importance de coordonner les efforts pour enrichir le reo tahiti. Il souligne les problèmes liés à sa reconnaissance comme langue d'enseignement et de réussite, ainsi que la nécessité d'une prise de conscience collective pour sa préservation.

Par  Rédaction Polynésie la 1ère

Emmanuel Nauta, directeur de l'Académie tahitienne. · ©Polynésie la 1ère/Titaua Doom
Emmanuel Nauta, directeur de l'Académie tahitienne. · ©Polynésie la 1ère/Titaua Doom

L'Académie tahitienne, le Fare Vana'a; organise demain jeudi un séminaire capital à l'université de la Polynésie pour revitaliser le reo tahiti. L'objectif est de créer une synergie autour de la création lexicale et de coordonner les efforts pour que chacun puisse profiter des nouveaux mots. Invité café de notre matinale radio, Emmanuel Nauta, directeur du Fare Vana'a, souligne l'urgence de cette démarche.

Besoin de coordination

Selon lui, le défi n'est pas tant de créer de nouveaux mots, mais de rassembler les acteurs pour coordonner les efforts. « Le génie ce n'est pas de créer des nouveaux mots. Le génie, c'est que nous puissions nous rassembler pour coordonner nos efforts et pour justement créer une synergie ». Il a constaté que de nombreuses associations, particuliers et organismes territoriaux créent des mots, mais que cela ne profite pas à l'ensemble des locuteurs du reo tahiti. L'idée est de s'entendre sur une méthodologie commune pour créer des mots essentiels pour les concepts modernes qui n'existent pas encore en reo tahiti, afin d'éviter une perte de temps due à des créations redondantes.

Un séminaire pour jeter les bases

Le séminaire de jeudi, qui se tiendra de 8h30 à 16h, réunira des représentants des services administratifs liés à la culture et à la langue, des associations culturelles, des représentants des confessions religieuses, ainsi que des académiciens des îles Marquises et des Tuamotu. L'objectif est que chacun apporte sa compétence et son expérience. Ce n'est qu'une première étape : « Au terme de cette journée-là, nous avons l'intention de créer un comité de pilotage et de suivi » qui sera chargé de rédiger une méthodologie et de faire la synthèse des travaux menés.

Rectifier les erreurs

Concernant les "mauvaises traductions" observées dans certains établissements publics, notamment aux urgences de l'hôpital de Taaone, Emmanuel Nauta a reconnu le problème : « Le cas précis que vous expliquez devrait être corrigé ». Il a toutefois souligné la difficulté de faire appliquer les rectifications, le Fare Vana'a n'ayant pas de pouvoir de contrôle ou de coercition.

Défi collectif

Alors que la Polynésie ne compte qu'un peu plus de 35 000 locuteurs en reo tahiti, soit un peu plus de 10% de la population, la tâche d'inverser cette tendance est immense. Le Fare Vana'a collabore avec des institutions comme la Direction générale de l'éducation. Cependant, Emmanuel Nauta insiste sur une prise de conscience générale, en s'adressant notamment aux familles : « C'est vraiment une prise de conscience générale qui devrait concerner chacun et y compris les familles ». Il rappelle que les familles sont les premiers éducateurs et qu'il est nécessaire de développer des documents pour les aider à bien s'exprimer. Il met en lumière que le reo tahiti n'est pas toujours perçu comme une langue de réussite, contrastant avec l'exemple d'Hawaii où un cursus complet, de la maternelle à l'université, est enseigné en langue hawaiienne, l'anglais étant une seconde langue d'enseignement.

Intégration numérique

Face à l'utilisation massive des réseaux sociaux par les jeunes, l'intégration du reo tahiti sur des plateformes comme TikTok ou YouTube est envisagée. « Totalement, totalement. Nous avons (...) réfléchi sur la possibilité de pouvoir utiliser le TikTok pour pouvoir faire passer le message », lance-t-il. Cependant, Emmanuel Nauta met en avant le manque de ressources humaines pour concrétiser pleinement ce projet, bien qu'une newsletter bilingue français-tahitien soit déjà en place.

Cas particulier du K

À quelques mois du renouvellement du bureau de l'Académie tahitienne en janvier 2026, Emmanuel Nauta dresse un bilan positif des actions menées, incluant l'organisation de séminaires, la mise à jour du site internet, et l'avancement de la réflexion sur l'introduction de la lettre K dans l'alphabet tahitien, avec une décision attendue pour janvier 2026. Il lance un appel aux responsables politiques pour obtenir davantage de moyens : « La plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu'elle a. Et c'est un peu notre cas aujourd'hui ».

Il rappelle la prédiction de Jacques Vernaudon selon laquelle, sans action, le tahitien ne serait plus parlé par nos petits-enfants dans deux générations.

En faire un atout professionnel

Pour valoriser le reo tahiti professionnellement, l'université offre déjà des cursus jusqu'à la licence et au master. Il est désormais crucial de « susciter davantage de réflexion auprès de la population, des entreprises certainement pour que ces jeunes puissent être embauchés ».

Par ailleurs, le Fare Vana'a est à la recherche de deux nouveaux académiciens. Les candidatures sont ouvertes jusqu'au 7 novembre.

Par  Rédaction Polynésie la 1ère

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