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De la Gironde à Saint-Pierre-et-Miquelon, le parcours étonnant de Pierre Beaupertuis met en lumière un pan méconnu de l'histoire

Pierre Beaupertuis est le premier de sa famille à avoir posé le pied à Saint-Pierre-et-Miquelon en 1872. Retour sur l'histoire singulière d'un homme que rien prédestinait à vivre dans l'archipel. Lumière sur les disciplinaires de Saint-Pierre.

Par  Alix Desse

L'hôpital militaire de Saint-Pierre au 19ème siècle · ©DR
L'hôpital militaire de Saint-Pierre au 19ème siècle · ©DR

Si l'histoire moderne de Saint-Pierre-et-Miquelon est majoritairement liée à celle de la pêche et des marins venus du Pays-Basque, de Normandie et de Bretagne, l'histoire de Pierre Beaupertuis est toute autre.

À lire aussi : L'histoire de la caserne des disciplinaires de Saint-Pierre

Pierre Beaupertuis naît le 21 mai 1847 à Saint-Médard-de-Guizières, une petite commune de Gironde à quelques dizaines de kilomètres de Bordeaux, au cœur des vignobles de Saint-Émilion. On ne connait pas grand chose de son enfance. À l'âge de 20 ans, lors du recensement du canton de Coutras, il est tiré au sort pour effectuer son engagement militaire. Il tire un petit numéro, synonyme d'engagement de cinq ans. Il rejoint le 139 ème puis le 3ème Régiment d'infanterie de la Marine Nationale à Rochefort en 1868. Son caractère fort et sa gouaille font de lui une tête forte. Un événement va bousculer la vie du jeune engagé : en 1872, il vole un pantalon militaire qui semble lui plaire. Le tribunal militaire le condamne alors et l'envoie purger sa peine au sein du Corps des disciplinaires des Colonies. Les prisonniers étaient régulièrement exilés vers le Sénégal ou Madagascar. Pour le Girondin, c'est d'abord au dépôt d'Oléron puis à Saint-Pierre-et-Miquelon qu'il se retrouve.

La nomination de Pierre Beaupertuis au poste d'infirmier en septembre 1872. · ©Archives du musée de l'Arche
La nomination de Pierre Beaupertuis au poste d'infirmier en septembre 1872. · ©Archives du musée de l'Arche

Là-bas, il est nommé infirmier à l'hôpital militaire à son arrivée le 24 septembre 1872. Un poste beaucoup moins compliqué que les pionniers qui travaillaient dans les bâtiments et travaux publics, à la réfection des rues ou la mise en place des conduites des eaux.

Pionniers disciplinaires à Langlade, 19ème siècle · ©.
Pionniers disciplinaires à Langlade, 19ème siècle · ©.

Les disciplinaires sont logés dans une caserne dont on doit la construction à Albert Dolisie, en 1868. Inaugurée en 1872, elle se dégrade rapidement à cause de l'humidité et de son manque d'isolation.

Caserne disciplinaire, 19ème siècle · ©.
Caserne disciplinaire, 19ème siècle · ©.

Le bâtiment qui pouvait accueillir jusqu'à cent hommes verra ses derniers disciplinaires partir en 1890 au grand désespoir de la population qui appréciait leur présence pour la réalisation des travaux et parfois même des soirées festives, problématique pointée du doigt par le capitaine commandant les disciplinaires dans des documents datant de 1872 : "Les cas d'ivrognerie ont augmenté dans une proportion qu'on avait jamais atteint jusqu'à ce jour".

Le capitaine commandant les disciplinaires se plaint de l'ivresse de ses hommes. · ©Archives, musée de l'Arche
Le capitaine commandant les disciplinaires se plaint de l'ivresse de ses hommes. · ©Archives, musée de l'Arche

Si un bon nombre de disciplinaires quittaient la colonie pour rentrer en métropole à l'issue de leur peine, Pierre Beaupertuis s'installa durablement dans l'archipel. Se mariant à deux reprises, il eut trois enfants. Passé dans la réserve le 30 juin 1873, il exerça la profession de peintre en bâtiment jusqu'à son décès le 19 décembre 1888.

Par  Alix Desse

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