Debout dans son salon de coiffure pour hommes, Sauveanne Chiabaut n'arrête pas une seconde. À peine une coupe terminée, elle enchaîne avec la suivante, répétant ce rythme une quinzaine de fois par jour. Installée à son compte depuis un an, la jeune coiffeuse peine à souffler. Ses semaines s'apparentent à de véritables marathons, et les week-end un éternel lendemain de course. "Je fais 45 heures à 50 heures par semaine", confie-t-elle. "J’essaye de contenter tout le monde, mais ce n’est pas toujours possible."
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Ce lundi de début juillet en est un parfait exemple. Alors qu'elle vient tout juste de se marier, Sauveanne a tout de même choisi d'ouvrir son salon afin de proposer quelques créneaux supplémentaires à sa clientèle. Un passage obligé avant de pouvoir partir en vacances à Terre-Neuve.
« Je me suis mariée ce week-end. J'avais prévu de me reposer un peu ce lundi, mais pour pouvoir partir à Terre-Neuve jeudi, je devais travailler aujourd'hui. Et j’ai même raccourci mes vacances, pour pouvoir travailler. »
Sauveanne Chiabaut, coiffeuse pour hommes
Un à deux mois d’attente
Un peu plus loin en ville, le constat est le même pour Leslie Mahé et son équipe de coiffeuses. Les rendez-vous s'enchaînent sans interruption et le carnet de réservation est complet. Pour espérer obtenir un créneau, les clients doivent désormais patienter jusqu'à la mi-août. Une situation forcément délicate pour l’entrepreneuse : "Ce n’est pas de gaité de cœur que l’on dit non à une coupe pour le jour même ou dans la semaine. C’est la conjoncture de Saint-Pierre qui est comme ça. Avec une fermeture d’un salon, et une coiffeuse en arrêt, les salons de l’archipel sont plus que plein."
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Face à cette surcharge de travail, les deux coiffeuses font face à la même problématique l’épuisement. Sauveanne exprime "une réelle douleur au corps", tandis que Leslie n’a jamais autant dormi lors de ses jours de repos. Avec toujours la même culpabilité, qui teinte chaque refus. "Par exemple ne pas pouvoir donner suite aux étudiants qui reviennent cet été, ça me fend le cœur", déplore Sauveanne.
"Certains ne me disent plus bonjour en ville, c’est abusé"
Face à une demande toujours plus forte, les salons de coiffure tentent de s'adapter. Leslie Mahé, par exemple, attend l'arrivée d'une apprentie pour prêter main-forte à son équipe pendant la haute saison. En ouvrant de nouveaux créneaux et en adaptant son organisation, elle espère réduire les délais d'attente et accueillir davantage de clients.
« On reçoit environ 24 clients par jour. Très souvent, on finit plus tard pour répondre à la demande. En faisant venir une apprentie, on va pouvoir l'accompagner dans sa formation tout en espérant satisfaire davantage notre clientèle. »
Leslie Mahé, coiffeuse mixte
Les délais d'attente et les refus génèrent parfois de la frustration chez certains clients. "Les gens grognent", sourit Leslie. "Certains ne me disent même plus bonjour en ville parce que je ne peux pas les prendre. C'est abusé.", rétorque Sauveanne.
Une chose fait toutefois l'unanimité parmi les professionnels de la coiffure : pour répondre à une demande toujours plus importante, Saint-Pierre-et-Miquelon a besoin de davantage de main-d'œuvre afin de soulager des salons dont les carnets de rendez-vous affichent complet plusieurs semaines à l'avance.
Par Joris Le Gal
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