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France-Brésil : une délégation de Guyane au colloque international « Oyapock, le fleuve qui relie » à São Paulo

Le colloque international "Oyapock, le fleuve qui relie : les langues indigènes et les savoirs" au-delà des frontières se tiendra dans l’auditorium du musée de la Langue Portugaise. Formée de représentants autochtones, des élus de la CTG, du rectorat et de la population civile, la délégation guyanaise s’envole pour São Paulo. Parmi leurs propositions culmine la création d’un musée dédié aux peuples autochtones en Guyane.

Par  Jonas Charlecin

La délégation guyanaise, en partance pour le Brésil, ce lundi 24 novembre 2025 · ©J.C.
La délégation guyanaise, en partance pour le Brésil, ce lundi 24 novembre 2025 · ©J.C.

Flux d’humains, flux de marchandises… Le fleuve Oyapock voit aussi circuler l’histoire et les savoirs des peuples. Du 26 au 28 novembre, une délégation guyanaise composée de représentants autochtones, d'élus de la CTG, du rectorat et de la population civile de Guyane va en témoigner à l'occasion d'un colloque à São Paulo. La rencontre s’inscrit dans le cadre de l’année France-Brésil 2025. Aux côtés de linguistes, anthropologues, éducateurs, artistes et leaders, la délégation guyanaise veut apporter ses « réalités culturelles ». Une dimension qui doit être comprise tant à l’intérieur du territoire qu’à l’extérieur. Jocelyn Thérèse, conseiller territorial délégué aux relations avec les peuples autochtones, chapeaute cette délégation. « Il est absolument important que nos peuples autochtones, l'opinion publique ou les décideurs politiques appréhendent ces réalités culturelles. Je pense que ça peut être une richesse pour notre propre vision de développement », estime-t-il à quelques heures de son départ pour São Paulo.

Joselyn Thérèse, à la tête de la délégation guyanaise · ©J.C.
Joselyn Thérèse, à la tête de la délégation guyanaise · ©J.C.

La création d’un musée

Le principal projet que porte la délégation est la création d’un musée pour faire vivre la mémoire des peuples autochtones de Guyane. Et le comité a un argument de poids. « São Paulo est l'une des plus grandes capitales de l'Amérique du Sud, et il y a un fort volume de visiteurs, argue Jocelyn Thérèse. Cela donne un attrait au territoire également et à la ville.»

Apprendre des autres

L’élu guyanais et sa troupe entendent aussi employer ce temps pour apprendre des initiatives prises dans ce sens. Pour qu’à leur tour ils travaillent à valoriser la mémoire des peuples autochtones de Guyane.

« Il est nécessaire qu'on aille voir et qu'on puisse innover également en Guyane. Il y a le Brésil, les États-Unis, le Canada qui sont très en avance dans ce domaine-là, tout comme la Colombie. Ce qui nous permettra de formater à notre image un musée en Guyane »

Restitution des ossements humains

Alors que du côté brésilien, à Oiapoque, le musée Kuahi, le nouveau musée qu'espère la délégation devrait s’implanter du côté guyanais. Il pourrait être dans « l’ouest », comme l'avance Jocelyn Thérèse.

- Lire aussi : Réouverture du Musée Kuahí, à Oiapoque : un hommage vivant aux peuples autochtones à la frontière de la Guyane

La création de ce musée, va de pair avec un autre souhait formulé par les peuples autochtones de Guyane : la demande de restitution des ossements humains dans le sillage de la loi du 26 décembre 2023.

« C’est une question de dignité, de droit de l'homme. Et c'est une manière aussi de retrouver notre mémoire collective et, en quelque sorte, de nous apaiser un moment, de comprendre qui nous sommes vraiment. »

Jocelyn Thérèse, évoquant la restitution des ossements des ancêtres pour l'heure conservés dans l'Hexagone

« La collectivité territoriale, les cultures qui sont présentes en Guyane, nous sommes tous en phase pour faire revenir les objets sacrés, les objets, les restes humains. L’État nous dit : où est-ce que vous allez les mettre ? Car nous ne sommes pas équipés. Effectivement, il faut que nous soyons équipés. »

Lire aussi : Zoos humains : de Guyane à Paris, la quête des Kali'na pour ramener les restes de leurs ancêtres sur leurs terres

Une résurgence après le sentiment d’absence à la COP30

Le colloque auquel prend part la délégation guyanaise a lieu deux jours après la COP30. La communauté des peuples autochtones de Guyane a, durant cette COP, eu le sentiment de ne pas trouver sa place. Ce projet pourrait être un moyen de faire remonter certaines revendications qui n’ont pas pu être entendues lors de la trentième Conférence des Parties. « La convention sur le changement climatique doit prendre en compte les territoires autochtones, lesquels doivent être présents dans les décisions. On ne peut pas exister sans la terre, et les langues ne peuvent pas exister sans les terres, sans la culture. C'est en ce sens-là que, peut-être, cette mission peut contribuer également à sensibiliser à d'autres niveaux nos décideurs », conclut Jocelyn Thérèse.

Durant la rencontre, et pour donner à voir la richesse des cultures locales, un maluwana (ciel de case wayana) sera présenté par l’artiste Aïma Opoya, accompagné d’un film documentaire autour des mythes de cette œuvre.

 

Par  Jonas Charlecin

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