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Mort d'Edouard Balladur : ces changements apportés à Mayotte par la création du visa qui porte le nom de l'ancien Premier ministre

En janvier 1995, les règles pour se rendre à Mayotte depuis les Comores ont pris un nouveau tournant avec l'entrée en vigueur du "visa Balladur". Alors que l'ex-Premier ministre s'est éteint, ce lundi 31 août, on vous explique ses règles et les conséquences à l'époque.

Par  Alexis Duclos

En novembre 1994, Edouard Balladur était acclamé lors de la visite à Mayotte. Ainsi, plus de 3.000 personnes sont venues l'accueillir à Mamoudzou au cours d'un déplacement où il annonce l'instauration d'un visa d'entrée à Mayotte pour tous les ressortissants comoriens. Mis en place au 20 janvier 1995, qu'est-ce que le système mis en place par l'ancien Premier ministre, décédé ce lundi, a changé ?

Quelles sont les règles du "visa Balladur" ?

Contrairement au titre de séjour territorialisé qui empêche le départ de ressortissants comoriens en situation régulière vers les autres départements français (appelé à disparaître en 2030), le visa instauré en janvier 1995 s'applique aux Comoriens souhaitant se rendre à Mayotte. Avant tout départ, ils doivent se rendre auprès des autorités consulaires françaises à Moroni et fournir des justificatifs pour démontrer qu'il s'agit d'un séjour temporaire. Aujourd'hui, il faut par exemple une pièce d'identité valide, un justificatif d'hébergement ou des garanties sur "ses moyens d'existence".

"Cette décision a été prise pour faire face à la très forte croissance des flux migratoires en direction de cette collectivité territoriale (en octobre 1994, le rythme annuel était de plus de six mille personnes) et à l'importance du nombre d'immigrants clandestins", justifiait à l'Assemblée nationale Alain Juppé, le ministre des Affaires étrangères en 1995.

Est-ce qu'il s'agit de la première mesure de ce type ?

Non, il existait déjà un visa au lendemain de l'indépendance des Comores en 1975, comme le notait le Sénat en 1990. "Jusqu'en 1980, les ressortissants comoriens se rendant à Mayotte étaient soumis à l'obligation de visa préalable. À cette date, les visas ont été supprimés pour les séjours inférieurs ou égaux à trois mois. Après le rétablissement des visas en 1986, un régime dérogatoire a été prévu en faveur des Comoriens se rendant à Mayotte pour un séjour inférieur à trois mois, sous la forme d'un visa de régularisation, délivré lors de leur arrivée à Mayotte", expliquait un rapport sur les territoires ultramarins.

Le même document dénombrait alors 308 "refoulements" (des reconduites à la frontière de Comoriens sans papiers d'identité) en 1988 et 510 en 1989.

Comment les Comoriens ont réagi ?

Depuis Mayotte, lors de son passage, Édouard Balladur considérait que cette mesure ne devait "en aucun cas altérer les relations entre la France et les Comores". La réalité a été tout autre, elle a été "très mal perçue à Moroni", avait constaté RFO. Le 21 janvier 1995, une manifestation avait d'ailleurs eu lieu devant l'ambassade de France, à Moroni, tandis que les liaisons aériennes vers Dzaoudzi ont été suspendues.

Nourdine Bourhane, le porte-parole du gouvernement comorien, confiait "être inquiet d'une telle initiative qui séparerait l'île comorienne de Mayotte de ses trois îles". "C'est une démarche électoraliste du Premier ministre (N.D.L.R. Edouard Balladur souhaitait être le candidat de la droite pour l'élection présidentielle de 1995)", estimait le ministre de l'Information comorienne, en dénonçant "une balkanisation des Comores".

Ce visa va-t-il perdurer ?

À plusieurs reprises, la population et les élus mahorais ont montré leur attachement à cette mesure qui figure parmi les armes diplomatiques pour endiguer l'immigration en provenance des Comores. En 2015, une tribune signée par une quarantaine d'associations, de syndicats et de partis politiques, avait provoqué une manifestation à Mayotte. "Le visa Balladur tue !" faisaient valoir les signataires, qui soulignaient le nombre important de migrants morts durant la traversée entre les Comores et Mayotte. "Touche pas à mon visa", répliquaient les manifestants mahorais dans leurs slogans.

En 2017, près de 5.000 personnes étaient descendues dans les rues de Mamoudzou après la publication d'un document dans lequel la France déclare envisager la suppression du visa.

Dernièrement, Madi Madi Souf, l'ex-président de l'association des maires de Mayotte, s'était attiré les foudres des collectifs en 2024, après s'être rendu aux Comores et d'avoir évoqué avec le pouvoir comorien "un allégement" du visa Balladur.

Par  Alexis Duclos

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